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Rose Gold, impératrice du trapèze, est, sans doute, une des artistes de Cirque qui a inspiré le plus d’engouement parmi les journalistes et le public. Son destin fut exceptionnel !

Rose Gold , impératrice du trapèze, à Medrano - photo Pierre J. Dannès

Rose Gold, impératrice du trapèze, et ses partenaires à Medrano – photo Pierre J. Dannès

Des débuts modestes

Rose-Marie Goldnaguel, dite Rose Gold naquit à Vienne en 1922. Surnommée Blanche Neige par son père, elle fit des études de danse classique puis de gymnastique. Elle se fit remarquer par les trapézistes Barley qui l’embauchèrent comme partenaire féminine. Elle fit ensuite connaissance avec un artiste français, André Pahin, qui faisait partie de la troupe Zemganno. Ce fut le coup de foudre et ils montèrent ensemble un numéro aérien. Ils débutèrent en 1943 à Copenhague, puis elle mit au monde un petit garçon, André Junior. Ils se produisirent ensuite en Allemagne, Pologne et en Tchéquoslovaquie. La guerre terminée, le jeune couple réussit à gagner la France, et sans argent, s’installe enfin à Paris. Ils entreprennent de répéter au gymnase de la Cité du Midi avec un troisième partenaire, Bernard Zenner, qui avait travaillé avec le trio Norbertys. Entre-temps, André Pahin et Rose se marient officiellement à Paris.

Rose Gold, impératrice du trapèze, pose pour la presse

Rose Gold, impératrice du trapèze

Les répétitions se poursuivaient sans relâche car le numéro n’était pas encore au point. Coup de chance, Rose trouva un engagement, en tant que simple attraction, pour se produire au trapèze en solo au Cirque Medrano, en septembre 1945. Sur l’affiche, son nom était écrit en petit, tandis que les vedettes du spectacle n’étaient autre que les Craddock… Sans exception, tous les journalistes furent éblouis par cette jeune trapéziste qui leur était parfaitement inconnue. Un des tous premiers à s’exprimer fut Marcel Idzkowski qui écrivit :

« … Une longue corde plus blanche encore sous le faisceau lumineux qui l’éclaire et Rose Gold paraît. Gracieusement, elle grimpe jusqu’aux cintres où elle prend possession de son trapèze. Et tout là-haut, avec une aisance, où l’effort reste invisible, Rose Gold est suspendue sur nos têtes, par un bras, une jambe ou simplement les talons ! L’audacieuse trapéziste qui travaille sans filet, semble faire corps avec la barre où elle exécute d’impeccables rétablissements. C’est une attraction de premier ordre  !… »

À leur tout, les autres chroniqueurs chantèrent les louanges de cette jolie Viennoise, de Gustave Fréjaville à Max Favalelli en passant par Tristan Rémy. Dans le journal Minerve, Yanette Deletang-Tardif débuta son article ainsi : «  Ce que les débuts de cette trapéziste, ici, ont d’émouvants, c’est que d’emblée, la perfection est atteinte… » Dans le périodique Mondes, Christiane Mormery lui consacre un article entier. Le mot de la fin fut prononcé par la journaliste qui se faisait appeler Madame Cryc. Elle écrivit : «… Le nom de Rose Gold sera bientôt célèbre à Paris et ailleurs… »

L’impératrice du trapèze en haut de l’affiche !

Le mois suivant, Rose Gold passa au Théâtre de l’Etoile. Dans le journal L’Epoque, un article à pour titre : À L’Etoile : Yves Montand et Rose Gold. Fin novembre, Rose Gold est réengagée à Medrano, assistée de ses deux partenaires. Cette fois, à peine trois mois après ses modestes débuts parisiens, elle était en haut de l’affiche !

Le concept du numéro était original. L’agrès était composé d’une large chaise aérienne sur laquelle se tenaient deux porteurs en suspension de jarrets Sur l’air de Gold und Silver de Johann Strauss, partant debout du milieu du portique, Rose se jetait en avant, et quelques mètres plus bas, attrapait un petit trapèze tenu à bout de bras par ses partenaires. L’effet était saisissant ! Ensuite, en grand ballant, elle se livrait à une série de figures d’une rare audace, équilibre en planche sur les reins, glissade de reins en jarrets sur la barre, et un époustouflant grand ballant en suspension par les talons, les pieds nus. En rappel, elle se lançait dans le vide, presque à l’horizontale, les chevilles enserrées par deux filins, et terminait sa trajectoire pratiquement au ras du sol. Le public était sous le choc ! Une fois de plus la critique fut unanime. En voici quelques extraits :

Tristan Rémy dans Les Lettres Françaises : « … La rentrée de l’audacieuse Rose Gold est un triomphe de l’adresse, de la souplesse et de la témérité… »

André Tabet dans L’Ordre : « …Rose Gold nous cause bien des émotions. Ses chutes en avant avec rattrapé par les pieds nous coupent la respiration, et son grand battement de jambes nous donne un égal battement de cœur… »

Serge dans Le Pays : « … Voici que, brusquement, elle vient de s’évader en se lançant éperdument dans le vide, accompagnée de deux partenaires. Il est certain que la hardiesse est à la base de ce « travail » unique dans les annales du Cirque. Cette petite bonne femme brune, sans laisser paraître aucun émoi, exhibant toujours ce fameux sourire acrobatique qui n’éclot que dans les cintres, se livre à une série d’exercices fort imprévus, de quoi satisfaire tous les amateurs de vertige. Ce numéro, avec celui des Clérans, est peut-être le plus sensationnel que l’on a pu voir au Cirque depuis cinq ans… »

The Epitome of Poetry

Rose Gold, impératrice du trapèze, et ses partenaires- photo M. Esnault

Rose Gold, impératrice du trapèze, au Cirque d’hiver – photo M. Esnault

Les contrats affluèrent de toutes parts. Rose Gold et ses deux partenaires se produisirent au Cirque d’Hiver Bouglione à Paris en février 1946, puis à Toulouse, à Amiens. Ils enchaînent une tournée pour les troupes américaines stationnées en Allemagne et en Suède. Dans ce dernier pays, à Eda, le 23 juillet, un des câbles du support de l’agrès se rompit, et Rose fut précipitée au sol. Elle eut la présence d’esprit de se rouler en boule, ce qui amortit la chute. Elle s’en tira néanmoins avec un talon cassé et trois vertèbres brisées. Elle fut immobilisée dans le plâtre pendant quatre mois, et quatre autres mois plus tard, elle reprenait ses exercices.

En avril 1947, Rose Gold triomphait à New York, au Madison Square Garden pour la première du Ringling Bros and Barnum & Bailey Circus. Encensée par la presse, elle était annoncée ainsi : The International Queen of the Air. The Epitome of Poetry in Motion High Above the Center Ring. Après une saison passée sous le plus grand chapiteau du monde, elle fut la vedette, l’année suivante du Polack Bros Circus. À Dayton, dans l’Iowa, lors de sa suspension par les talons, elle glissa et tomba. Résultat : une fracture au bras droit. À peine rétablie, elle se produisit à Cuba pendant la saison d’hiver. Elle fit sa rentrée parisienne à Medrano en janvier 1951. Annoncée comme la Vénus de l’air, elle fit frissonner le Tout-Paris venu l’acclamer. Son partenaire Bernard Zenner fut remplacé par Georges Baker. En juin, le trio installa son portique au second étage de la Tour Eiffel et à 118 mètres présenta leur hallucinant numéro, qui fut filmé par les Actualités.Rose se produisit ensuite dans des Tivoli en Suède, Finlande et Danemark. Toujours en vedette, elle retourna au Cirque d’Hiver en octobre. Tristan Rémy écrivit :

« … La palme de l’héroïsme revient à Rose Gold, la « fée du ciel ». Nous l’avions vue dernièrement seule au trapèze où elle est la poésie même, avant qu’elle ne s’avisât de répéter ses exercices avec ses partenaires, dans le vide, à la Tour Eiffel. Son grand ballant en suspension par les talons à une minuscule barre animée par ses partenaires, est d’une grandeur tragique, entre d’autres, aussi périlleux exercices… »

Rose Gold, impératrice du trapèze, sous la Tour Eiffel - Photopub

Rose Gold, impératrice du trapèze, sous la Tour Eiffel – Photopub

Sur la Tour de Pise

La saison d’été 1952 se passa dans ce merveilleux palais oriental qu’est le Tower Circus de Blackpool. Les Parisiens eurent le plaisir de l’applaudir à nouveau en janvier 1953. Ils la retrouvèrent toujours aussi mince, de taille menue, avec son impressionnante chevelure noire, souriante et ses yeux verts pétillants.

Le grand cirque allemand Krone l’engagea pour deux saisons. De passage en Italie, le trio accrocha ses agrès sur la Tour de Pise. Ce fut un évènement ! Elle retourna à Paris au Cirque d’Hiver en avril 1955. Elle avait ajouté un nouveau final à son numéro : Alors que ses deux porteurs étaient redescendus à terre, elle se lançait dans le vide d’une hauteur de sept mètres environ et se réceptionnait dans les bras de ses partenaires.

annonce du cirque hiver avec Rose Gold, impératrice du trapèze, en vedette

annonce du Cirque Hiver avec Rose Gold impératrice du trapèze

Rose fut rappelée en Amérique au Polack Bros Circus. Au cours de cette tournée, en mai 1956, elle fut victime d’une chute à San Francisco. Une fois de plus, elle surmonta sa douleur malgré plusieurs fractures des hanches, à l’avant-bras gauche et au coude droit. Enfin rétablie, reprit la tournée des frères Polack. Au Circo Atayde, à México, le numéro de Rose Gold fut particulièrement apprécié des Mexicains dont on connaît leur profond attachement à la culture des hommes volants. Après ces années passées en Amérique du Nord, Rose fut heureuse de revenir en France en 1960, et fit, en vedette, une tournée avec le Cirque Pinder.

Après une carrière riche en succès et en émotions, elle partit s’établir à Vienne, loin du métier dont elle fut une star. Rose Gold inspira d’autres artistes, notamment les sœurs Phalow, précédemment citées ainsi que la Russe A. Zapashnaya qui en 1952, présenta un numéro équivalent avec deux porteurs. Bien que n’entrant pas dans le cadre de notre sujet, nous devons saluer Madeleine Geraldos qui présentait un numéro d’une qualité exceptionnelle avec son mari. Ce Dossier de l’Histoire se termine ainsi avec l’évocation de Rose Gold, artiste que nous avons couronnée pour la circonstance Impératrice des Airs.

Claudia Vivaldi

couverture du livre : Les Reines du Trapèze par Claudia Vivaldi

Les Reines du Trapèze par Claudia Vivaldi

Extrait de : Les Reines du Trapèze – Claudia Vivaldi –  collection Dossier de l’Histoire – Arts des 2 Mondes – 2011.

Sources

  • Des débuts modestes
  • Le roman d’une vie dangereuse – Music-Hall and Circus – 1/8/1955.
  • Rose Gold défie la mort – Raymond Vanker – Détective – 1951.
  • Les Craddock Fratellini – Dominique Denis.
  • Au Cirque Medrano : Rose Gold – Les CraddocksMarcel Idzkowski – 8/9/1945.
  • Recueil d’articles – archives Medrano – septembre 1945.
  • En haut de l’affiche !
  • À L’Etoile : Yves Montand et Rose Gold – H. de M. – L’Epoque – 7/10/1945.
  • Ils donnent des ailes au cirqueAdrian.
  • Recueil d’articles – archives Medrano – novembre – décembre 1945.
  • Rentrée de Rose Gold – Tristan Rémy – Les Lettres Françaises – 8/12/1945.
  • À Medrano, Rentrée de Rose Gold, de Maïss et Béby – André Tabet – L’Ordre – 13/12/1945.
  • Rose Gold et la témérité – Serge – Le Pays – 30/11/1945.
  • The Epitome of Poetry
  • Annonces Cirque d’Hiver – février 1946.
  • Achille Zavatta – Star du Cirque – Dominique Denis.
  • Rose Gold défie la mort – Victoire – 23/4/1946.
  • Rose Gold a donné le frisson au Tout-Paris – Paris-Presse l’Intransigeant – 19/1/1951.
  • Recueil d’articles – archives Medrano – janvier 1951.
  • Pendue par les talons à 118 mètres de haut – Regards – 15/6/1951.
  • Annonce Scènes et Pistes – n° 15 – avril 1951.
  • Annonces Cirque d’Hiver – octobre 1951.
  • Au Cirque d’Hiver – Tristan Rémy – Les Lettres Françaises – 18/10/1951..
  • Sur la Tour de Pise
  • Blackpool Tower Circus – Daniel Potier & John Sheward.
  • Annonces Cirque d’Hiver – janvier 1953
  • Echo – 1953
  • Aériens et Rampants – Henri-Pierre – Le Parisien – 3/4/1955.
  • Cordes et trapèzes – Paul Carrière – Le Figaro – avril 1955.
  • Polack – The White Top – janvier 1956.
  • Grave accident de Rose Gold – Das Organ – juin 1956.
  • Rose Gold nous parle du cirque américain – J. Garnier – Le Cirque dans l’Univers – n° 37.
  • La fabulosa historia del circo en México – Julio R. Cardenas.
  • Pinder – Direction Charles Spiessert – Dominique Denis.
  • St. Petersburg Circus – Collectif.