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Charles Spiessert, dès son plus jeune âge, se voyait déjà le patron du plus beau cirque du monde… Son rêve se réalisa.
Pinder,son chapiteau

Le Cirque Pinder, direction Charles Spiessert

Cette véritable saga débute à la fin du XIXème siècle, alors que ses parents voyageaient de par le monde en présentant des ours savants. Son père Karl Spiessert, dit Spessardy, monta un cinéma forain, Le Globe-Trotter, secondé efficacement par son fils Charles alors adolescent.

Portrait Charles Spiessert

Charles Spiessert, directeur du Cirque Pinder

Lorsque éclata la Première Guerre Mondiale, Charles Spiessert partit au front et revint médaillé. Démobilisé, il se maria avec Henriette Bonnin, la charmante pianiste du cinéma paternel installé au Café des Arts à Saint-Maixent-l’Ecole, puis avec son frère Roger et la famille Kerwich, il lança le Cirque cycliste Spessardy, qu’il transforma en Cirque Ménagerie Spessardy, où il présentait la fameuse cuvette mortelle. Il monta ensuite un Flying Circus, le Cirque Cosmopolite Spessardy et le New Circus.

En 1928, Charles Spiessert acheta le Cirque Pinder, appartenant à la famille Pinder depuis 1854, tombé en faillite, et le 9 janvier de l’année suivante, lança sur les routes de France, un nouveau chapiteau flambant neuf et une ménagerie transportés par des camions. Aidé par son beau-frère, Marcel Léonard, il monta des spectacles sur trois pistes, comportant de nombreuses attractions internationales. Pendant l’hiver 1930, il entreprit une tournée en Afrique du Nord. De retour en France, il subit la contrecarre d’un cirque voyageant sous l’enseigne Jim Pinder. Après une bataille juridique qu’il remporta, Charles Spiessert s’imposa auprès du public par la qualité de son organisation et de ses spectacles composés d’artistes de qualité comme les acrobates équestres Vasserot, Belley et Fedrizzi, le trio de clowns internationaux Léonard ainsi que son frère, le dompteur Roger Spessardy.

Affiche de pinder et sa parade

Le Cirque Pinder et sa parade

Il acheta le château de Chanceaux-sur-Choisille, en 1932 et constitua officiellement la SARL Cirque Pinder. Il monta ensuite, une grande pantomime nautique, puis engagea des vedettes du sport comme Marcel Thil et Rigoulot, des champions cyclistes comme Charles Pélissier et Pierre Magne, ou encore la vedette de cinéma Milton dans un tour de chant comique.

Affiche de la pantomime nautique au Cirque Pinder

La pantomime nautique au Cirque Pinder

Après l’entracte de la deuxième guerre mondiale où il refusa de faire tourner son chapiteau, Charles Spiessert repartit cette fois par le rail, avec un matériel réduit. En quelques années, grâce à une organisation exemplaire, une publicité efficace et des programmes copieux, il réussit à retrouver la splendeur d’avant-guerre. En 1949, il conçut une somptueuse cavalcade constituée de chars originaux animés par une troupe nombreuse, ri­chement costumée, accompagnés d’animaux et d’un avion voltigeant dans les airs. Les années suivantes, il engagea les meilleures attractions du moment comme l’excentrique musical Little Walter, les barristes Oliveras ou le fantastique illusionniste Ferry Forst.

Le char de la reine en parade

Le char de la reine du Cirque Pinder

Pour accompagner ses spectacles, il fit appel à l’orchestre du populaire Fred Adison et porta le nombre de ses éléphants à dix unités. Cherchant en permanence à innover, il monta en 1953, un Festival on Ice sur un podium spécialement aménagé en patinoire. L’année suivante, il fêta le Centenaire de la firme Pinder, puis fit construire la réplique du char de la Reine d’Angleterre. Après une saison où la vedette fut la mystérieuse Koringa, il mit en haut de l’affiche le chanteur Luis Mariano puis Gloria Lasso, ce qui ne l’empêcha pas de programmer des artistes exceptionnels comme le fildefériste Udo Heltano, l’équilibriste sur échelle Burton ou le jongleur Nino Rubio. Après une nouvelle tentative de revue sur glace, il revint à une formule plus conforme au cirque traditionnel avec en vedette l’intrépide trapéziste Rose Gold.

Affiche du spectacle sur glace

Le spectacle sur glace du Cirque Pinder

Charles Spiessert réussit à obtenir l’appui de la station de radio RTF, qui s’appela ensuite ORTF, ce qui lui permit de présenter pendant neuf ans, un spectacle intitulé La Piste aux Etoiles de Gilles Margaritis, avec les plus grands numéros de l’époque. Sous le plus beau chapiteau du monde, les spectateurs français purent applaudir à tout rompre des artistes prestigieux comme les sœurs Mascotts, les barristes Rodriguez, le trio clownesque Pipo, Dario et Mimile, la troupe cycliste Théron, le dompteur Gilbert Houcke, le dresseur de cerceaux Bob Bramson, les clowns internationaux Rudi Llata, la troupe équestre Caroli, les acrobates à bicyclette Brockway ou le belluaire comédien Gerd Siemoneit. Infatigable directeur et homme d’affaires avisé, Charles Spiessert dirigea son cirque jusqu’à la fin de sa vie.

Ce grand directeur, était un organisateur hors pair, sachant mettre en valeur ses collaborateurs dont la plupart firent une longue carrière à ses côtés. On pouvait le croire froid et distant. Certes, il n’était pas du genre de celui à qui l’on tape sur le ventre. Mais, il en était de même avec ses illustres confrères comme Mustapha Amar ou Joseph Bouglione. Il fit des envieux, fut critiqué et jalousé. Ainsi il fut injustement surnommé le camionneur par certains. À ce propos, Tristan Rémy écrivit en avril 1951 dans Les Lettre Françaises :

« … On dit que le cirque Pinder est une entreprise de camionnage. C’est peu dire et dérisoire. Pinder est une usine en marche : il faut avoir une conception bien étrange pour supposer qu’une usine puisse fournir des produits inférieurs, nous voulons dire des numéros et un programme insuffisants. À ce compte là, l’affaire ne tiendrait pas longtemps. Le spectacle Pinder reflète la structure d’une organisation moderne… »

Affiche du repas des éléphants

Le repas des éléphants du Cirque Pinder

En réalité, Charles Spiessert attachait de l’importance à tout ce qui concernait son cirque jusqu’au moindre détail, de la publicité au programme, en passant par l’organisation, l’administration, la logistique et le transport. Son seul but était de présenter le meilleur spectacle. Bien entendu, certaines de ses productions furent inférieures à d’autres.

L’histoire de Pinder – Direction Charles Spiessert n’est pas uniquement celle de son patron, mais aussi de cette fantastique entreprise ambulante, de sa famille et de son personnel. Ses artistes de classe internationale ont contribué à faire de cet établissement le cirque mythique qui continue de passionner, encore aujourd’hui, tous les amateurs de Cirque.

Dominique Denis

À lire : Pinder – Direction Charles Spiessert – Dominique Denis – Arts des 2 Mondes
le livre: Pinder - Direction Charles Spiessert

couverture du livre Pinder – Direction Charles Spiessert

Au sommaire :
  • Quel cirque !  Des critiques et des avis autorisés.
  • Vocation : Directeur de cirque – Les parents de Charles Spiessert – Son enfance – Ses débuts au Globe Trotter – La locomobile – Au Café des Arts – le Cirque Cycliste – Le Cirque Spessardy – Le clown Léonard et ses fils – Charles chef de famille – Le Cirque Ménagerie Spessardy – La cuvette mortelle – La vente du Cirque Spessardy – Flying Circus – Le Cirque Cosmopolite Spessardy – Le New Circus – La vente du Cirque Pinder.
  • La Renaissance de Pinder – 1929… En avant toute ! – Les trois pistes – Une terrible vague de froid – 1930 – Le Défilé des Nations – La girafe Pinder – En Afrique du Nord – 1931 – Néron attaque ! – Une nouvelle stupéfiante – Jim Pinder – 1932 – Pinder sans prénom – Le danger permanent – La contre-attaque – Autour de Paris – Salles combles – Un château en Touraine – S.A.R.L. Cirque Pinder – Programmations 1929 à 1932.
  • Les joies du sport – 1933 – Le Cirque sous l’eau – Que d’eau ! – Les affiches d’Antonin Magne – Retour au Gazomètre – 1934 – Les 4 éléphants – L’effondrement du pont – 1935 – Deux entrées de clowns – Adieu Adélaïde Spiessert – 1936 – L’année Olympique – Une cavalcade en miniature – 1937 – Le Tour de France Pinder – Un nouvel administrateur – 1938 – Le retour d’un champion – Le Cirque des Cirques de Roger Spessardy – 1939 – Les chansons de Bouboule – La tournée arrêtée – 1940-1941 – El Gran Circo Hipodromo Pinder – 1942-1943 – Les animaux Pinder – Le drame de Gina Manès – 1944-1945 – L’espoir – Programmations 1933 à 1939.
  • La reprise – 1946 – Le Cirque de la Résistance – Du cirque, rien que du cirque – Double mariage – 1947 – Double naissance – Les tigres empoisonnés – La rentrée de septembre – 1948 – La féerie aérienne – Le rival de Barnum – Inondations – Programmations 1946 à 1948.
  • La fantastique cavalcade – 1949 – Les trompettes de la renommée – La cavalcade Pinder – L’avion Pinder – Une fantastique organisation – 1950 – Spectacle sur trois pistes – 1951 – Un spectacle brillant – La sirène, le char romain et le clown cloné – Un parc automobile impressionnant- La tempête – 1952 – Y’a d’la musique – Romane Tchavi – J’y suis, j’y reste ! – Accidents mortels – La famille s’agrandit – Programmations 1949 à 1952.
  • Spectacles sur glace – 1953 – Le char de la glace – Festival on Ice – Bonjour monsieur le Maire – 1954 – Le Centenaire de Pinder – La tragique chute d’Eva Meltzer – Du rifi à la ménagerie – 1955 – Le carrosse de la Reine – Les dangers de l’atome – Charles Spiessert marie son fils Willy – 1956 – Au pays des Pharaons – Sombres menaces – Programmations 1953 à 1956.
  • Le temps des chansons 1957 – Tiercé de la chansonnette – Complet ! – La polémique – Glissade sur la tête – De mémorables embouteillages – 1958 – Une chute de six mètres – Le chant de la Sirène – Quand le pantre se rebiffe – 1959 – Le drame de Luis Mariano – Die schoonste Cirkustent van de welt – 1960 – Légion d’honneur – La valse des patineurs – La fée du ciel – Série noire – Face aux fauves chez Pinder – Programmations 1957 à 1960.
  • Pinder et la R. T. F. 1961 – Cirque et Radio – La Piste aux Etoiles – Au feu ! – 1962 – Rendez-vous au Cirque – Un chef d’œuvre d’élégance acrobatique – La collecte du sang – Un bémol pour les lions – 1963 – La solidarité des artistes – L’adieu du cornac – Programmations 1961 à 1963.
  • Pinder et l’O. R. T. F. – 1964 – Légionnaires à bicyclette – Adieu Yvette Spiessert – 1965 – Une étoile sur Colombo – Trois équipes de clowns – Un drame terrible – Une étoile s’est éteinte – 1966 – Festival d’équilibres – Feux d’artifices du rire – 1967 – Une catastrophe évitée – Des animaux sur roue – 1968 – Tricks sensationnels – Mai 68 – 1969 – Un grand moment de Cirque – Salut Eugène – Programmations 1964 à 1969.
  • Nouvelle direction Spiessert – 1970 – Un nouveau PDG – Un magnifique groupe mixte – Bonjour Maurice – 1971 – Adieu Charles Spiessert – La musique des clowns – Dernière tournée – La fin du Cirque Pinder, direction Spiessert – Programmations 1970 et 1971.
  • Bibliographie – Sources – Table des illustrations.