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Pendant quarante ans, de 1886 à 1926, le Nouveau Cirque de Paris présenta les plus grands artistes de l’époque ainsi que de nombreuses pantomimes nautiques et féériques. Ce fut une véritable institution parisienne.
Le Nouveau Cirque de Paris
Architecture - Nouveau Cirque de Paris

Architecture du Nouveau Cirque de Paris

À la demande de Joseph Oller, les architectes Sauffroy et Gustave Gridaine dessinèrent les plans d’un établissement servant de cirque, l’hiver, et de piscine, l’été. Ces Arènes Nautiques, au 251 rue Saint-Honoré, étaient situées sur l’emplacement même du manège Franconi, dans l’ancienne cour du couvent des Capucines, puis de l’amphithéâtre qui lui succéda. La dernière salle de spectacle était le Panorama de Reischoffen, inauguré en novembre 1881. Charles Garnier, l’architecte de l’Opéra de Paris, était l’auteur du vestibule, du grand escalier, et de la façade, qui heureusement furent conservés.

Les murs de ce nouveau cirque furent décorés par Eugène Petit, les vitraux par Magnadas. Ajoutons, que la salle était éclairée à l’électricité. Pour le confort des spectateurs, les fauteuils des premiers rangs étaient à bascule. La piste, à claire-voie, était recouverte d’un tapis de coco. Grâce à un énorme piston qui abaissait la piste, l’eau pouvait envahir cette grande cuve. Ce système hydraulique fut décrit avec détails dans le n° 669, de la revue La Nature.

La piscine - Nouveau Cirque de Paris

Piscine du Nouveau Cirque à Paris

Ce nouvel établissement parisien appelé les Thermes Saint-Honoré, n’eut qu’un succès médiocre en tant que piscine, car aux beaux jours, la clientèle de ces bains de luxe préférait partir dans des stations balnéaires à la mode. Par contre, les spectacles de cirque avec des pantomimes nautiques enthousiasmèrent cette clientèle. L’auteur dramatique Victorien Sardou décréta que ce serait dorénavant le Nouveau Cirque.

Inauguration
- Nouveau Cirque de Paris

L’entrée du Nouveau Cirque à Paris – Décor du film Chocolat

Joseph Oller inaugura le Nouveau Cirque le 12 février 1886 devant le Tout-Paris. Le spectacle était animé par Léopold Loyal, son fils Lucien, et le clown anglais Billy Hayden. Le clou de la représentation fut la manœuvre pour enlever le tapis de coco, et la métamorphose de la piste en bassin nautique. Sous la direction de ce grand directeur, jusqu’en 1888, on vit défiler les éléphants de Lockhart, le clown Foottit, l’écuyère Elvira Guerra, le clown Tony Grice ou l’ours écuyer Caviar. La pantomime eut pour titre La grenouillère.

 Affiche de l'ours Caviar - Nouveau Cirque de Paris

Affiche de l’ours Caviar au Nouveau Cirque à Paris

Raoul Donval, un ex-comédien, devenu entre temps directeur de salles de spectacles, prit la succession de Joseph Oller, fin 1888. Il produisit de nombreuses pantomimes comme La noce à Chocolat, Le Carnaval de Venise, Feria à Séville, Paris au galop, A la cravache, Garden Party, et Gribouille.

Il présenta les meilleurs numéros de l’époque comme Darling et son lion vélocipédiste, l’étonnante écuyère, la baronne de Rhaden, les barriste Luppu, le maître écuyer James Fillis, le jongleur Paul Cinquevalli ou encore la belle Blanche Allarty. Ce grand directeur confia sa régie à Geronimo Medrano, et encouragea l’art clownesque en aidant à la formation d’équipes comme Pierantoni et Saltamontès, Foottit et Chocolat. De 1892 à avril 1897, d’autres pantomimes furent montées comme Don Quichotte, Papa Chrysanthème, La rosière de Charenton, Boule de Siam, Le Moulin du Gué, Pirouettes, América, La Reine de Bercy, Paris-Parade, l’Ile des Bossus, Le feu au moulin, et les 100 kilos.

Affiche du cake-walk - Nouveau Cirque de Paris

Affiche du cake-walk au Nouveau Cirque à Paris

En septembre 1897, Hippolyte Houcke prit la suite de Raoul Donval, qui décéda en mars de l’année suivante. Les spectacles reprirent avec des pantomimes équestres et nautiques, comme Paris qui trotte, Paris Ballon, Les Joyeux Nègres, Modern Sports, La Chasse, avec des chevaux plongeurs ou encore Le pont Alexandre III. Parmi les attractions les plus remarquables on peut citer le sauteur athlétique John Higgins, l’écuyère Thérèse Renz, les fabuleux acrobates à cheval Frediani avec leur colonne à trois ou les Elks qui lancèrent la mode du Cakewalk.

L’entrée dans la Belle Epoque
Les skis norvégiens - Nouveau Cirque de Paris

Les skis norvégiens au Nouveau Cirque de Paris

Le directeur russe Mathias Beketow prit les rênes de l’établissement, en septembre 1905, et monta la pantomime Sibérie. En septembre de l’année suivante, Jean Houcke lui succéda et présenta dans le bassin les 30 ours blancs de Wilhelm Hagenbeck, ainsi qu’un spectacle intitulé Les skis norvégiens. Pour la saison 1907, Tison et Charles Debray s’associèrent pour reprendre le Nouveau Cirque. Ils proposèrent une nouvelle formule de spectacle avec changement de programme tous les quinze jours. Foottit fut mis à l’honneur pour animer cette piste prestigieuse.

Après le décès de Tison, Charles Debray assura seul la direction de l’établissement. Les attractions se succédèrent comme les acrobates à cheval Pissiutti, Lécusson ou Frediani,  les rois de l’air Rainat, les barristes Hegelmann. Il y eut aussi des championnats de lutte, de tango, du water-polo, et des pantomimes comme Cocoriquette, Foottit réserviste, La chasse à courre ou encore Chocolat aviateur. En octobre 1911, Mann-Ret, le créateur de la toupie humaine, fit une chute mortelle.

Chocolat aviateur - Nouveau Cirque de Paris

Chocolat aviateur au Nouveau Cirque de Paris

Le Gala de l’Union des Artistes, eut lieu pour la première fois en juin 1913, sur cette piste, avec à l’affiche une pléiade de vedettes comme Dranem, Mistinguett, Maurice Chevalier, Raimu. Malgré la Grande Guerre, les représentations reprirent ave, en 1915, le célèbre chimpanzé Consul ou l’haltérophile Emile Deriaz. Par la suite, la piste fut occupée par l’hippopotame Nora du Cirque Krone, le cheval funambule Blondin, les alligators du capitaine Wall, le dompteur Sailer Jackson, les clowns Antonet et Béby, la course aérienne des Noiset ou le looping the loop par Moriss Abbins.

Les 100 kilos - Nouveau Cirque de Paris

Les 100 kilos au Nouveau Cirque de Paris

Arrivé en 1926, Charles Debray ne put équilibrer son budget, et le 18 avril, le Nouveau Cirque ferma ses portes à tout jamais. Ce jour là, Paris, la ville lumière, perdit bien de son éclat. A propos de la disparition de cette institution parisienne, Gustave Fréjaville, le plus grand chroniqueur de spectacle de tous les temps, écrivit un article remarquable dans la revue l’Illustration.

Extrait de : Cirques en bois, cirques en pierre de France – Charles Degeldère et Dominique Denis – deux volumes – Arts des 2 Mondes – 2003. (en cours de réédition).

Sources

  • Notes Paul Haynon.
  • Programmes Nouveau Cirque.
  • Showmen de la belle époque – Zidler et Oller – Jacques Garnier – Le Cirque dans l’Univers – n° 82.
  • La Nature n° 669 – 27/5/ 1886.
  • La vie d’un cirque – Gustave Fréjaville – L’Illustration – n° 4.500.
  • Programmes des Cirques en France de 1860 à 1910 – Alain Simonet..
  • Guides Joanne 1889.
  • Album Maïss – Dominique Denis.
  • Der Artist – 1893 à 1900-1904 à 1910-1914.
  • Au Nouveau Cirque en 1905 – Marthe Vesque – Le Cirque dans l’univers – n° 34.
  • Articles Paris-Journal – Legrand-Chabrier – décembre 1922 – janvier – novembre 1924 – janvier 1925.
  • Histoire Illustrée des Cirques Parisiens – Adrian.

A lire 

Cirques en bois, cirques en pierre de France - cirques parisiens

Cirques en bois, cirques en pierre de France

  • Cirques en bois, cirques en pierre de France – Charles Degeldère et Dominique Denis – deux volumes – Arts des 2 Mondes – 2003. (en cours de réédition).
  • Histoire Illustrée des Cirques Parisiens – Adrian.
  • Paris en Piste – Histoire des cirques parisiens – Pascal Jacob – Editions Ouest-France – Rennes 2013.