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Jacob Bates, The famous English Horse Rider, dénommé en France le Piqueur anglois, peut être considéré comme un des plus importants précurseurs du spectacle de Cirque.
jacob Bates - Gravure allemande

Gravure allemande de Jacob Bates

 Jacob Bates, le voltigeur favori des Majestés

Jacob Bates fut, sans doute le plus célèbre des cavaliers voltigeurs, et cela, bien avant Philip Astley.

Selon l’historien Peter Bräuning, Jacob Bates, né en 1740, serait originaire d’Ecosse. Dans sa jeunesse, il fut piqueur au service du Duc de Norfolk. Particulièrement doué pour la voltige, il donna ses premières représentations en 1760, et eut l’insigne honneur de présenter son spectacle équestre devant le Roi Georges III.

Jacob Bates se produisit à Hambourg en 1762 et à Saint-Pétersbourg en 1763. Il fut invité à la Cour de l’impératrice Catherine, et l’année suivante, exécuta ses acrobaties à cheval dans un amphithéâtre à Moscou. Il voyagea dans les états germaniques et fut reçu dans de nombreux royaumes ou principautés. Dans la revue Cirkus-Archäologie, Hermann Saguemüller a signalé son passage en 1765 à Dresde en juillet, à Franckfort-sur-Main en septembre, à Leipzig du 6 au 23 octobre, à Nuremberg du 16 au 27 décembre. Une gravure signée G. P. Nusbiegel illustrant ses exploits – ce qui était un luxe pour l’époque – atteste sa notoriété.

Jacob Bates voltigea à Vienne devant l’empereur François en 1766 puis partit pour Munich, retourna à Francfort et Hambourg. Il se rendit en novembre à l’Ochsenmarkt d’Amsterdam, et fut applaudi par le Prince d’Orange William.

Jacob Bates au Royaume de France

Jacob Bates arriva en France en 1767. Voici un court extrait tiré de Le Cirque en France au XVIIIème siècle :

« … La première mention précise d’un spectacle de cirque équestre en France, à notre connaissance, date du 12 juin 1767, à Rouen. Nous pouvons lire dans Antonio Franconi dans la vie et les spectacles à Rouen de Christian Oger, cet article paru en juin 1767 dans Les Annonces, affiches, avis de Haute et Basse Normandie« … Il y a un anglais (Bates) d’une agilité surprenante, que l’on voit pour de l’argent (ah ! cela devient sérieux). Il galope à toutes jambes debout sur trois chevaux qu’il conduit comme il veut, tout le monde est surpris de son adresse et de son agilité car, en courant au grand galop, il ramasse son fouet par terre, il saute à bas de son cheval et y remonte, le cheval galopant sans se prendre aux crins ni aux étriers et il ne conduit les chevaux qu’avec des bridons… »

Jacob Bates, dénommé le Piqueur anglois, se produisit ensuite dans la Plaine des Sablons, à Neuilly le long de la route vers la Normandie. Il présenta son spectacle au Colysée, à Paris, en juin 1767, où réussissait l’exploit de diriger debout quatre chevaux galopant côte à côte… »

Après Paris, Bates se rendit à Lyon et Marseille.

Jacob Bates infatigable voyageur

Infatigable voyageur, Jacob Bates visita la Scandinavie. D’abord à Copenhague en octobre et novembre 1769 à la Cour du Roi Frédérick V. Il se rendit à Ausbourg et, à nouveau à Vienne au Hetz Theater à partir de décembre. Il partit ensuite en 1770 à Vérone, Bologne et Berlin où fut reçu par le Roi de Prusse Frederick. Du 15 au 22 novembre, il se produisit à Stockholm au Stora Barnhus Garden, ainsi que devant le Roi AdolphJacob Bates fut invité ensuite par Roi Joseph Emmanuel au Portugal.

Jacob Bates traversa l’Atlantique et arriva à Philadelphie en 1772.  Il donna sa première représentation New York le 2 juin 1773 à la taverne Bull’s Head, dans Bowery, qui était fréquenté par les bouchers de la ville. L’historien William Stout précise dans son livre From Rags to Ricketts and Other Essays on Circus History que son spectacle avait lieu à 17 heures et que le prix des premières places était d’un dollar, les secondes de quatre shillings. En plus de ses démonstrations équestres, Jacob Bates inscrivit à son répertoire la fameuse scène comique The Taylor riding to Brendford.

William Ellery, un des signataires de la déclaration d’indépendance, fit un compte-rendu du spectacle de Jacob Bates, datée du 14 novembre 1773. Ce représentant de Rhode Island au Congrès écrivit que la représentation se déroulait dans un champ appartenant à monsieur Honyman. Le prix d’entrée était d’un demi dollar. Le spectacle auquel assista plusieurs centaines de spectateurs était composé, outre les exercices équestres, d’acrobaties et de danses de corde. Cet important témoignage montre que Jacob Bates ne se contentait plus d’exécuter en solo ses voltiges équestres, mais qu’il présentait un spectacle de cirque à la manière de Philip Astley.

En 1773, on vit ensuite Jacob Bates à Boston, Essex, Salem… À Newport, il fut concurrencé, d’après Edmund S. Morgan, par un autre cavalier du nom de Christophe Gardiner. Enfin, Jacob Bates monta une école d’équitation à Philadelphie, et se maria, en seconde noces, avec Hannah Hopkins.

Jacob Bates, gravure française

Gravure française de Jacob Bates

Retour en France

Encore dans Le Cirque en France au XVIIIème siècle, nous pouvons lire : « …Jacob Bates revint en France en 1778. Selon Christian Oger, il se produisit au Château de Compiègne, en présence du Roi Louis XVI, puis à Paris, aux Champs Elysée, en avril. Le Journal de Paris annonçait que ses représentations avaient lieu les mardi et les jeudis à cinq heures (dix sept heures). Le piqueur anglois se rendit ensuite à Rouen, au manège du boulevard Cauchoise, où il donna présenta son spectacle les mardis, jeudis et dimanches. Le prix d’entrée était de 24 et 12 sols… »

Jacob Bates retourna une fois de plus en Amérique du nord en 1787. Par David Hartley (son descendant à la cinquième génération), nous apprenons que Jacob Bates décéda en 1793.

Jacob Bates, sut imposer l’art de la voltige équestre auprès des monarques et de la noblesse de toutes les Cours européennes. Il fut surtout l’un des pionniers prestigieux qui participèrent à l’engouement de ce qui allait bientôt devenir le spectacle de Cirque.

Dominique Denis

Merci à David Hartley, Hermann Saguemüller et Peter Bräuning pour leurs précieuses informations.

Jacob Bates : Sources

  • Le Cirque en France au XVIIIème siècle – Dominique Denis
.
  • Notes Peter Bräuning.
  • Voltigeurs à cheval venus des steppes – circus-parade.
  • The Circus – Its Origin and Growth prior to 1835 – Isaac J. Greenwood – William Abatt – New york – 1909.
  • Cirkus-Archäologie – Hermann Saguemüller.
  • Antonio Franconi dans la vie et les spectacles à Rouen – Christian Oger.
  • Les Annonces, affiches, avis de Haute et Basse Normandie – juin 1767.
  • The Cambridge Guide of Theatre.
  • The rise of the American Circus – 1716 – 1899 – S. L. Kotar & J. E. Gessler – McFarland – Jefferson – 2011.
  • From Rags to Ricketts and Other Essays on Circus History – William L. Slout – Wildside Press.
  • The Gentle Puritan : A Life of Ezra Stiles, 1727-1795 – Edmund S. Morgan – The University of North Carolina Press – Williamsburg – 1962
  • Early British & American Public Gardens & Grounds : The Circus in the garden – Barbara Wells Sarudy.
  • Dossiers chronologiques de l’auteur.

    COUVERTURE : Le Cirque en France au XVIII ème siècle

    Le Cirque en France au XVIII ème siècle par Dominique Denis

  • L’Encyclopédie du Cirque – Dominique Denis.
  • Circus Life and Circus Celebrities – Thomas Frost.
  • Greatest show on earth – Willson Disher.
  • The First Circus – Joan Selby-Lowndes.
  • Das Busch vom Zirkus – Joseph Halperson.
  • Les premiers écuyers – Joseph Halperson – Music-Hall and Circus – n° 72.
  • La Merveilleuse Histoire du Cirque – Henry Thétard.
  • Le cirque et ses étoiles – Tristan Rémy.
  • Le Cirque commence à cheval – Adrian.
  • Notes David Hartley.
  • John Carlyles Mysterious Picture of Bates – Jim Bartlinski.
  • New York City Gazette – 31 mai 1773.
 A lire : 
Le Cirque en France au XVIIIème siècle – Dominique Denis
 – Arts des 2 Mondes.