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Le Cirque Cuzent & Lejars, ambassadeur du cirque à la française, fut un modèle du genre. Il se produisit, de 1844 à 1861, dans les états de la Confédération Germanique, en Autriche-Hongrie et en Russie. 

On ne peut évoquer cette compagnie exceptionnelle sans citer le remarquable écrit de Tristan Rémy  La Belle Madame Lejars et ses sœurs Pauline et Armantine. Nous remercions également Paul Salasca pour ses indispensables recherches généalogiques, et Hermann Saguemüller qui nous a permis de retracer son parcours dans toute l’Europe.

La famille Cuzent

Paul Cuzent - les jeux romains
Paul Cuzent vedette de l’Olympique

La compagnie Cuzent & Lejars était composée de la fratrie Cuzent et de Jean Lejars.

Paul Cuzent était le fils de Antoine Louis Henry (dont le nom fut parfois orthographié Cuzant) né le 29 mars 1792 à Brest, et de Marie Francoise Joseph Fouant, née le 17 juillet 1786 à Valenciennes. Antoine était imprimeur et musicien à ses heures. Quant à Marie Fouant, elle faisait partie de la troupe de comédiens ambulants Jolibois dirigée par son père Eleuthère.

Après son mariage, en 1814, Antoine Cuzent, embrassa la carrière de son épouse. Il eut cinq enfants :

Paul Joseph, dit Paul né le 12 octobre 1812 à Limoges.

Hillaire Victor né le 23 juillet 1814 à Tonneins.

Louise Pauline, dite Pauline, née le 11 octobre  1815 à Séte.

Zélie Hermentine, dite Armantine, née le 31 mars 1817 à Saint-Savinien.  

Marie Antoinette Angélique, dite Antoinette, née le 17 janvier 1820 à Conches-en-Ouche.

Les Jolibois

jolibois - affiche
Affiche Jolibois en 1806

La troupe de comédiens ambulants, qui présentait un spectacle de variétés, Jolibois bénéficiait d’une bonne réputation. 

A son répertoire figurait de la danse, des exercices sur la corde, de la musique, du chant et des scènes comiques. Les Jolibois parcourent toute la France, et se produisirent également à Paris en 1810, salle Montansier, en compagnie des Saqui.

Les débuts au Cirque

La grande vogue du spectacle de Cirque, incita la nouvelle génération à s’orienter vers la voltige à cheval. Seul, Hillaire Victor ne participa pas à cette aventure.

Quand ils furent prêts, Paul et ses sœurs firent leurs premières armes chez Jean-Baptiste Loisset puis les Lalanne, notamment en 1834 au cirque de Saint-Severs à Rouen. Seule, Pauline, qui avait une malformation à la hanche, ne pouvait voltiger. Elle se contentait pour l’instant d’être comédienne et musicienne.

Les Cuzent furent remarqués par Adolphe Franconi qui les engagea pour l’hiver dans son Cirque Olympique parisien.

Première aux Champs-Elysées

Jean Lejars - voltige
Jean Lejars

Devenu un écuyer émérite, Paul Cuzent fit équipe avec un autre talentueux voltigeur équestre Jean Lejars. Ce dernier, né en 1811, était le fils de Pierre Lejars et de Marie Cordier. 

Tous deux valeureux voltigeurs,  Paul et Jean montèrent au Cirque Olympique plusieurs numéros comme Les Deux chinois, les Lanciers, ou La lutte des voltigeurs. Quant à Armantine et Antoinette, elles voltigeaient avec grâce sur leur monture.

Le 30 juin 1835, la troupe Cuzent & Lejars participait à la première du Cirque des Champs-Elysées installé sous un chapiteau au Carré Marigny

Voltige et haute école

pauline cuzent pauline cuzent litho Goebel - le Cirque en 1852
Pauline Cuzent – lithographie de Goebel

Lejars et les Cuzent enchaînèrent la saison d’hiver au Cirque Olympique. Dans ce cirque, Paul Cuzent y obtint un gros succès avec ses Jeux romains, debout sur quatre chevaux couplés.

En duo, Jean Lejars et Antoinette animaient un pas de deux intitulé Estelle et Némorin, et Paul La poste sur six chevaux… Pendant ce temps, Pauline étudiait la haute école avec le maître François BaucherAmandine sautait les rubans et les écharpes… Antoinette, d’une beauté éclatante, était surnommée par les chroniqueurs, la Taglioni du Cirque. 

Empressé, Jean Lejars ne tarda pas à lui demander sa main, et le 27 février 1836, à Paris, Antoinette devenait madame Lejars.

Les spectateurs retrouvent avec joie les Cuzent et les Lejars, au mois de mai, sur la piste du Carré Marigny aux Champs-Elysées. Pauline fit ses débuts en tant qu’écuyère de haute école. Ce fut immédiatement le succès.

La statue équestre

Antoinette par Pradier
La statue de la belle madame Lejars par Pradier

Après la saison d’été passée au Carré Marigny, la troupe Cuzent & Lejars partit au Pays-Bas au cirque de Jean-Baptiste Loisset, où elle restera jusqu’en 1838. A La Haye, Amandine Cuzent se maria avec l’écuyer Antoine Louis Colombet.

De retour de tournée, l’équipe retourna, aux beaux jours 1838, sous les toiles du  Cirque des Champs-Elysées. Ce cirque, L’année suivante, fut construit en bois, et en 1840, Jacques Hirtoff entreprit la construction en pierre d’un cirque monumental. Sur le fronton trônait une statue équestre, de Pradier, qui avait pris pour modèle Antoinette Lejars costumée en amazone phrygienne. Le Tout-Paris vint en foule pour la première du 3 juin 1841. 

La saison terminée, la troupe passa au Cirque Olympique.

Cirque de Paris

De leur côté, Amandine et son mari Louis Colombet (dont le nom s’orthographie également Collombet), avaient monté une troupe et voyageaient dans le Brandebourg, en 1842. Le 25 novembre, Louis Colombet mourrait à Francfort-sur-Oder. Immédiatement, Jean Lejars, partit de Paris pour ramener sa belle-sœur et ses deux filles jumelles, Zélie Maraline et Sophie Hermantine, (nées le 30 juillet 1842 à Prenzlau).

Après ces évènements, la famille Cuzent & Lejars décida de travailler à leur compte. D’abord, Paul Cuzent se maria avec la comédienne Marie Louise Irma de Folliot de Fierville, le 15 février 1843, à Neuilly-sur-Seine. Ensuite, la troupe entreprit une grande tournée dans les états de la Confédération Germanique.

Sous l’enseigne de Cirque de Paris, en association avec François Loisset, le fils de Jean-Baptiste, les Cuzent & Lejars donnèrent des représentations, en 1844 à Hannovre, puis de mars à mai à Berlin, fin mai et juin à Breslau, de juillet à  octobre à Leipzig. Ensuite, ce fut Vienne en octobre, en association avec Bosco, Prague en décembre, et retour dans la capitale autrichienne, le 28 décembre, au Rothe Hause.

Le Cirque Cuzent & Lejars 

Pauline Cuzent et Buridan
Pauline Cuzent sur Buridan

A Vienne, sur le Prater, Paul Cuzent et Jean Lejars firent construire leur propre cirque en 1845. La compagnie se rendit ensuite à Pest, Graz, Ausbourg, Ulm, Stuggart, Francfort, Passau,  Hannovre et Munich. La troupe comprenait alors, outre la famille, Karl Berg, madame Bassin, sa fille Laura et Georges Neiss.

À nouveau, le Cirque Cuzent & Lejars fut fêté à Berlin en 1846. À cette occasion, Paul Cuzent se surpassa avec une Poste hongroise à neuf chevaux. L’élégante Pauline Cuzent monta le cheval d’école Robert de Normandie. M. Chancelet brilla dans ses jongleries indiennes, et van Cattendyk assura les reprises comiques.

La compagnie se rendit ensuite à Leipzig en avril et mai, et à Danzig en juillet.

A Saint-Pétersbourg

Affiche Cuzent & Lejars - 1846
Affiche Cuzent & Lejars en 1846

Au mois d’octobre 1846, le Cirque Cuzent & Lejars eut le privilège de s’installer à Saint-Pétersbourg, dans une construction en bois. 

Un autre cirque, celui d’Alessandro Guerra, y  était déjà installé depuis l’année précédente. Malgré cette concurrence, la troupe Cuzent & Lejars obtint les suffrages de la noblesse russe.

Grand amateur de spectacles, le Tsar Nicolas chargea le général Guedeonoff, grand maître de la cour de Russie, de prendre en charge les spectacles de théâtre, ballet, opéra et cirque. Le bâtiment occupé par Cuzent & Lejars devint le Cirque Impérial en 1847, et Paul Cuzent fut nommé régisseur général. Par ailleurs, il dirigea également une école d’équitation. L’événement fut rapporté dans un article dans le journal L’Argus.

La fin d’Amandine Colombet et de Jean Lejars

Deux évènements allaient frapper cruellement la famille Cuzent & Lejars :

Amandine, qui était souffrante, était revenue à Paris. Elle mourut le 18 septembre 1847. Elle laissait ses deux filles jumelles Zélie et Sophie, âgées seulement de cinq ans.

Après un passage à Londres, au Wauxhall Gardens, Jean Lejars, l’année suivante, retourna à Vienne, et décéda le 18 octobre 1848. Sa veuve Antoinette, n’avait que vingt-huit ans.

Sous le signe de l’excellence

 Antoinette Lejars en cavalière
La cavalière Antoinette Lejars

Malgré ces tristes évènements, Paul Cuzent continua de diriger le cirque de Saint-Pétersbourg, jusqu’en 1850, puis se consacra à la composition musicale.

Pendant ce temps, Pauline accepta des engagements dans d’autres établissements, comme à Berlin chez Alessandro Guerra, en décembre 1847. Elle donna naissance à un fils Jules Michel Cuzent, le 12 novembre 1850 à Paris. Egalement, elle fit partie de la troupe de Dejean, en représentation à Berlin, au premier trimestre 1851. Elle décéda à Paris le 20 avril 1852.

Antoinette, quant à elle, se remaria avec le comédien Jules Sébastien Monjauze qu’elle avait rencontré dans la ville des stars.

Puis, Paul Cuzent retourna à Saint-Pétersbourg en 1855. Il y mourut le 5 juillet 1856. Sa veuve fit rapatrier son corps à Paris, le 2 décembre 1852. Il fut inhumé au cimetière de Montmartre.

Ainsi se termine l’histoire du Cirque Cuzent & Lejars qui rayonna en Europe sous le signe de l’excellence. 

Dominique Denis

Sources

  • La famille Cuzent
  • Actes d’état civil des familles Cuzent et Lejars – recherches Paul Salasca.
  • Ecuyères romantiques – La Belle Madame Lejars et ses sœurs Pauline et Armantine– Tristan Remy. 
  • Les Jolibois
  • Jolibois – affiche du 6 avril 1806.
  • Gazette national – 05/01/1810.
  • Les débuts au Cirque
  • Lalanne : une grande famille de Cirque – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Cirque de Rouen – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Troisième cirque olympique – direction Adolphe Franconi – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Première aux Champs-Elysées
  • Trésors du Cirque des Champs-Elysées – Dominique Denis. 
  • Le Figaro – 30/06/1835.
  • Voltige et haute école
  • La Belle Madame Lejars – Achille Jilobois – Cirque II.
  • Paul Haynon – Notes.
  • La statue équestre
  • Van binnen moet je wezen – Marja Keyser & Jacques Klöters.
  • Cirque des Champs-Elysées – Dominique Denis – circus-parade.com
  • Cirque Olympique de Louis Dejan – Dominique Denis – circus-parade.com
  • Journal des Débats – 11/06/1841.

Sources – suite

  • Cirque de Paris
  • Dictionnaire des comédiens français – Henry Lyonnet
  • Archeologia – Hermann Saguemüller.
  • 250 Jahre Cirkuskunst in Berlin – Walter Ulrich.
  • Précisions de Peter Brauning.
  • Le Cirque Cuzent & Lejars 
  • Hermann Saguemüller – notes.
  • Affiches cirque Cuzent & Lejars  – 1846.
  • A Saint-Pétersbourg
  • L’Argus – S. T. – 1/07/1847.
  • The Cirque de Paris in Russia – Dominique Jando – circopedia.
  • La fin d’Amandine Colombet et de Jean Lejar
  • Notes de Paul Salaca.
  • Sous le signe de l’excellence
  • Courrier Léon Gatyes – 13/06/1853.
  • Le Ménestrel – 06/12/1856
  • Registre du cimetière de Montmartre.
  • Courrier des Théâtres – Le Figaro – 03/10/1877.

A lire : 

Ecuyères romantiques – La Belle Madame Lejars et ses sœurs Pauline et Armantine – Tristan Remy – Paris (1960).