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Par la qualité et la magnificence de ses spectacles, le Zirkus Renz dirigé par Ernst Renz, s’est imposé en Europe comme le cirque le plus sensationnel de la deuxième moitié du XIXème siècle.

De la danse sur corde à la voltige équestre

Ernst Renz - pas espagnol
Ernst Renz

Artiste complet, Ernst Renz fit ses débuts en tant que directeur de cirque en 1843 dans les états de la Confédération Germanique. Son cirque avait pour enseigne : Cirque Olympique (écrit en français)… c’était alors la mode en Europe.

Fils de Cornelius Renz, un artiste ambulant, Ernst Renz naquit le 18 mai 1815 à Böckingen, dans le Bade-Wurtemberg.

Tout jeune, il entra dans la troupe de Maxwell et dansa sur la corde. Il passa ensuite au Circus Gymnasticus de Christoff de Bach, à Vienne, en 1826, où il apprit la voltige équestre.

Sans difficulté, il se fit engager ensuite au Circus Brilloff. Travailleur infatigable, il devint le pilier de l’établissement. Outre ses exercices sur la corde, il brillait à cheval, dans les poses académiques, les élévations, les jeux romains, la voltige à la Tcherkesses, et les scènes comiques. 

Première compagnie

Cirque Olympique direction Ernst Renz
Cirque Olympique de Ernst Renz – 1843.

Lorsque Rudolf Brilloff mourut à Erfurt, en 1843, Ernst Renz décida de lancer sa propre compagnie. Elle était composée d’artistes de grande valeur comme les frères Wilhelm, Carl et Bernard Carré, ou madame et monsieur Wilhelm Salamonsky.

Avec son épouse l’écuyère Antonetta, Ernst Renz participait activement au programme. Il montait ses deux chevaux favoris Soliman et Zhora. Il présentait également un bouledogue qui, accroché par la mâchoire, se faisait hisser sous la coupole du cirque. 

L’année suivante, Ernst Renz engageait deux écuyers de grande valeur les frères Gotthold et Gustave Schumann, et l’écuyère miss Adelina. Ses écuries hébergeaient quarante chevaux. A Munich, malgré la concurrence du Cirque Soullier, le cirque de Renz obtint un gros succès.

À Berlin

Circus Gärtner
Circus Gärtner

Il était marié avec Johanne Alemans dite Antonetta, la fille adoptive du directeur Traugott Gärtner. Il eut sept enfants : Wilhelm Adolph, Franz, Oscar Leopold, Amanda, Ernst Hermann, Johann Gottlieb, et Emil Alexander.

Prenant la suite de Wollschlaeger, Ernst Renz s’installa à Berlin dans le manège royal de la Sophienstrasse, le 20 décembre 1846. Il y resta jusqu’au 2 mars 1847. Puis, retourna dans la capitale prussienne, du 25 décembre 1847 au 26 mars 1848… Cette fois à la Donhoffplatz, malgré la concurrence d’Alessandro Guerra qui s’était installé Sophienstrasse.  

Pour cette saison, il avait engagé en plus des frères Schumann, l’écuyer James Morton et les deux meilleurs clowns germaniques Wilhelm Qualitz et Francisque Populaire. Le spectacle se terminait par une pantomime Le Comte Polowsky.

Charlottenstrasse

Dans la capitale prussienne, Ernst Renz, en 1850 et 1851, dut subir la contrecarre du Cirque National de Paris de Louis Dejean. Celui-ci, qui dirigeait la meilleure de troupe de l’époque, s’était installé dans le bâtiment en bois, du charpentier Otto, dans la Friedrichstrasse. 

Cirque d'Otto - intérieur de la charpente
Cirque d’Otto – la charpente

Cependant, Ernst Renz ne se laissa pas intimider pour autant. Avec l’appui de la famille Stark, il présenta, dans le cirque en bois de la Charlottenstrasse, un spectacle à la fois luxueux et de grande qualité. C’était du 9 janvier 1850 au 15 avril 1851, puis du 3 octobre 1851 au 2 mars 1852. Ses écuries abritaient une soixantaine de chevaux. 

De nombreuses pantomimes furent montées comme Mazeppa ou Les voleurs des Abbruzes. Une des productions qui impressionna particulièrement le public fut la fameuse Cavalcade du Dey d’Alger, avec des animaux exotiques et des éléphants africains.

Au feu !

Après le départ de Dejean en 1852, Renz s’installa en octobre dans le cirque de la  Friedrichstrasse, cette fois construit en pierre. Il y resta l’année suivante. 

Hélas, le 28 novembre 1853, à midi un incendie détruisit le bâtiment. Trois pompiers furent blessés. Heureusement, les chevaux purent être sauvés.

À Vienne

Façade du Zirkus Renz - Vienne
Façade du Zirkus Renz à Vienne – photo A. A.

A Vienne, Ernst Renz fit construire par K. May et Franz Schebek un cirque monumental dans la Große Fuhrmanngasse (qui s’appela plus tard Zirkusgasse), à l’enseigne de Circus Renz. L’inauguration eut lieu le 18 février 1854. Le bâtiment, dodécagonal, mesurait 40 mètres de diamètre et pouvait recevoir 3 500 spectateurs.

Les Viennois applaudirent Madame Tourniaire sur son étalon arabe Al-Mansor, miss Adeline sur MirzaErnst Renz sur Mac-Donald, les écuyères mesdemoiselles Kätchen Renz,  Liphard, Virginie, les maîtres écuyers Schumann, Carré et Wehle, les jeux indiens de Lorenz, les trois autruches africaines, et les comiques Qualitz, Nesnamy, et George.

En plus de la capitale autrichienne, le Circus Renz donna des représentations à Munich en août 1854, et à Franckfort en septembre 1855. En vedette, deux chevaux de haute école étaient annoncés : Montego et Jussuf.  

Friedrichstrasse

Plan du Zirkus Renz Friedrich Strasse
Plan du Zirkus Renz à Berlin Friedrich Strasse

À Berlin, du 8 décembre 1855 au 6 avril 1856, Ernst Renz s’installa Friedrichstrasse dans un nouveau bâtiment construit par Friedrich Hitzig

Il proposa une pantomime La foire des chinois. Pour un autre spectacle Renz engagea le dompteur Albert Uhlmann. A nouveau, dans la capitale prussienne, il donna des représentations du 25 décembre 1856 au 14 avril 1857. Une de ses vedettes fut le gymnaste Olmar.

Le cirque de Ernst Renz retourna à Vienne en 1858. Deux étalons furent à l’honneur : Emir et Al-Mansor. La partie comique était assurée par Stonette, Chadwick, Vailhé et Wheal. La mexicaine Julia Pastrana, célèbre pour sa pilosité exceptionnelle, était également à l’affiche. 

Toujours dans la capitale autrichienne, Ernst Renz donna des représentations l’année suivante dans son cirque, puis dans un autre bâtiment en bois à Fünfhaus. Retour à Berlin du 25 décembre 1859 au 20 avril 1860.

Léotard en vedette 

Photo de Jules Léotard en studio
Photo de Jules Léotard en studio – A. A.

Homme de spectacle remarquable, Ernst Renz n’hésitez pas à engager les plus grandes vedettes de l’époque. Ainsi, Jules Léotard, l’inventeur du trapèze volant, fut la vedette de son spectacle à Berlin, du 17 mars au 14 avril 1860. Sa troupe était composée des grands noms de l’art équestre comme Arsène et Léopold Loyal, Charles Cariot, Louis Dumos, ou les écuyères Clara Aussude et Louise Loisset.

À Copenhague, en juin 1860, il amena sa troupe composée des Loyal, des Casuani, Baptiste Loisset, et une cavalerie d’une soixantaine de chevaux. Sa nièce, Kätchen Renz, se maria avec l’écuyer Louis Godefroy.

Les tournées reprirent dans les Etats Germaniques les années suivantes, avec Berlin, du 9 novembre 1861 au 2 mai 1862, puis du 18 octobre1863 au 14 avril 1864 où le dompteur Thomas Batty fut à l’affiche. Cette année-là, il devint propriétaire du bâtiment de la Friedrichstrasse.

Le beau Danube bleu

L'écuyère Kätchen Renz à cheval
L’écuyère Kätchen Renz

Sa renommée était telle qu’il se rendit à Saint-Pétersbourg en 1866, à Budapest en 1868. 

Indépendamment des spectacles de cirque, le cirque de Berlin servit de cadre à un événement musical particulier : Le 25 mai 1867, Johann Strauss II et Benjamin Bilse interprétèrent pour la première fois la célèbre valse Le beau Danube bleu.

Pendant ce temps, Renz continuait ses spectacles dans son magnifique cirque de Vienne.

Le Kaiser du Cirque

Oceana fildefériste
Oceana Renz

Soucieux du goût du public, Renz savait varier ses spectacles en engageant des numéros acrobatiques comme les barristes Avolo ou la danseuse sur le fil Oceana (mariée avec son fils Ernst Hermann)… Les meilleurs artistes défilèrent sur sa piste comme les clowns Sestac et Gontard pour la saison en 1868/1869. À l’occasion, il programmait des curiosités comme les frères siamois Chang et Eng en 1870. Apparurent, l’année suivante de nouveaux  clowns comme Tom Belling, ou Bugny

Une affiche de 1872 annonçait le dompteur Delmonico avec 5 lions, le fameux jongleur Agoust, et une équipe de 15 clowns. Ses enfants participaient au spectacle comme sa fille Amanda, qui s’était mariée avec le maître écuyer Julius Hager.

De l’avis des aficionados de la piste, Ernst Renz méritait d’être couronné comme le Kaiser du Cirque du nouvel Etat allemand.

Création de l’Auguste

Personnage de l'Auguste - Auguste
Personnage de l’Auguste

Malgré son sérieux, Ernst Renz appréciait les clowns et savait choisir les plus amusants comme les frères John et Stephan Lee, Stonette ou Futelet. Il les encourageait à se renouveler. C’est ainsi que Tom Belling interpréta pour la première fois le personnage de l’Auguste. Pour la première fois, le nom de Dumme August est inscrit dans le programme du Cirque Renz, à Berlin, le 28 novembre 1873.

Ne se contentant pas de ses succès berlinois, Renz se produisit à Hambourg et à nouveau à Budapest en 1874, puis à Vienne l’année suivante. À Berlin, en 1876, le cirque de la Friedrichstrasse fut exproprié à cause de la construction d’une gare métropolitaine. Il s’installa alors dans un nouvel établissement situé Karlstrasse. 

La Marktthallen

Marktthallen - intérieur
Marktthallen – intérieur – photo A. A.

Les grandes capitales européennes le plébiscitaient. Vienne retrouva Renz en avril 1877, puis Copenhague l’accueillit pour la saison d’été.

À Bruxelles, Renz inaugura, le 12 janvier  le 1878, le Cirque Royal nouvellement construit. Il y resta jusqu’au 24 avril. Le spectacle se terminait par Le voyage du Prince de Galles dans l’Inde.

Dans la capitale allemande, en 1879, Ernst Renz s’installa à la Marktthallen dans un cirque pouvant accueillir 4.500 spectateurs. Cet ex-marché couvert avait été occupé, depuis fin décembre 1873, par Albert Salamonsky, le fils de Wilhelm Salamonsky.

À partir du 29 novembre, Renz y reprit ses représentations. Parmi les vedettes, se distinguaient la trapéziste Leona Dare, l’écuyère Emilie Loisset, son fils Franz qui menait la cavalerie et le jeune Oscar, dans La poste sur 15 poneys. Les spectacles étaient variés, avec chaque jour, une nouveauté. L’historien Alwill Raeder consigna tous les spectacles de ce cirque berlinois.

Le cirque électrique

Sam Lockart et ses éléphants - exercices
Sam Lockart et ses éléphants

L’année 1880 débuta à Bruxelles dans une construction en bois rue de la Loi.

Le directeur Ernst Renz revint à Vienne les années suivantes. Pendant son absence il louait son cirque. Il fit construire un nouvel établissement dans la Circusgasse en 1883, et en fit la réouverture en janvier de l’année suivante.

À Munich, en avril 1883, il annonçait 140 chevaux et, en vedette, l’écuyère Adèle Drouin. Pour d’autres spectacles, cette même année, il engagea les éléphants de Sam Lockart et les fauves de miss Senide. 

La pantomime Les joyeux étudiants d’Heilberg fut jouée pour la première fois, à Berlin, en 1884. Le succès fut tel, qu’elle fut reprise durant plusieurs années. Pour une autre production intitulée – textuellement – Harlequin à la Edison, Ernst Renz fit installer l’électricité avec un lustre comportant deux mille ampoules colorées. 

De Vienne à Copenhague

Renz - haute école en tandem
Ernst Renz – haute école en tandem

Avec ses spectacles splendides, Renz triomphait. Selon le témoignage du maître écuyer Gaberel qui séjourna longtemps dans ses cirques, Ernst Renz était un directeur hors norme. Il contrôlait chaque détail. Il engageait les meilleurs numéros de l’époque. Sa cavalerie était dirigée par Emil Ackermann, et son gendre, J. W.Rager. Dans ses confortables écuries se tenaient plus d’une centaine de chevaux qui faisaient l’admiration des Berlinois.

Le bâtiment de Vienne fut entièrement rénové début 1884 par l’architecte C. Laske. Dans tous ses autres cirques, Renz continuait ses représentations. Il engagea le renommé Ephraim Thomson et ses éléphants en 1885.

La ville de Copenhague fut fière d’inaugurer son Cikusbygningen, le 8 mai 1886, avec la troupe de Ernst Renz. En final, elle interprétait la pantomime Arlequin. Le Cirque Renz revint dans la capital danoise, deux ans plus tard, avec à l’affiche, les 8 lions de Batty Seeth.

Acrobates à cheval

Miss Allen - affiche
Miss Allen

Un spectacle exotique Japan enchanta le public en janvier 1888. Parmi ses vedettes se détachaient l’écuyère miss Allen et le clown Godlewsky. L’engouement du public était tel, que Renz fit rénover la salle de la Marktthallen et y fit ajouter mille places supplémentaires.

Une autre importante production Diamantine, avec la participation de 200 artistes, fut donnée fut l’année suivante. En première partie, on pouvait applaudir les acrobates équestres Briatore. Sans doute, le plus extraordinaire acrobate à cheval du moment, John Frederick Clarke fut à l’honneur en octobre 1890. 

Pantomime nautique

Zirkus Renz - Hambourg - photo
Zirkus Renz à Hambourg – photo A. A.

Entre-temps, Renz s’était produit en 1889, à Vienne, Hambourg et Milan, à l’occasion de l’exposition de la jeune nation italienne.

Cherchant toujours à innover, Ernst Renz mit en scène dans son cirque berlinois, en septembre 1891, une pantomime nautique intulée Auf Helgoland.

Âgé de 77 ans, Ernst Renz présentait encore sa cavalerie sur sa piste berlinoise en février 1892. Deux mois plus tard, à Berlin, il décédait le 3 avril. Il était plusieurs fois millionnaire.

Renz, le cirque mythique 

Cirque Renz à Berlin - histoire
Au Cirque Renz à Berlin

La direction du cirque fut reprise par son fils Franz. Ce dernier entreprit des travaux pour embellir ses bâtiments et monta de coûteux spectacles. Mais, cinq ans plus tard, il dut abandonner…

Incontestablement, Ernst Renz a donné ses titres de noblesse au Cirque allemand. Pendant un demi-siècle, il s’imposa en Europe comme un directeur exceptionnel. Son nom est devenu mythique…

On compte plusieurs livres écrits sur le sujet (voir à la section À lire). Un film a été tourné en 1943 Zirkus Renz par Arthur Maria Rabenalt avec René Deltgen dans le rôle titre. Encore aujourd’hui, le nom est perpétué par le célèbre galop interprété au xylophone, Erinnerungan Zirkus Renz, composé par Gustav Peter, devenu un classique du genre.

Dominique Denis

Sources

  • Hinter den Coulissen des Circus Renz – Christian Wilhelm Allers.
  • Voltigeurs, Jongleurs et Saltimbanques – Henri Lang. 
  • Der Circus Renz in Berlin – Alvill Raeder.
  • Das Busch von Circus – Joseph Halperson.
  • Zircus Renz – A. H. Kober.
  • Circus Archäologie – Hermann Saguemüller.
  • Von fliegenden menschen und tanzenden pferden – Gisela Winkler.
  • Zirkus und Varieté in Wien – G. Eberstaller.
  • 250 Jahre Circuskunst in Berlin – Walter Ulricht. 
  • Histoire illustrée du Cirque à Bruxelles – Jean-Léo.
  • La Merveilleuse Histoire du Cirque – Henry Thétard.
  • Circus Gymnasticus – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Circus Brilloff – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Louis Dejean le monarque du cirque français – Dominique Denis – circus-parade.com.
  • Architectures du Cirque – Christian Dupavillon.
  • Affiches Renz – juin 1843 – mars – avril – juillet – août 1854 – août – septembre 1855 – septembre – octobre – novembre 1856 – avril 1858 – mai 1860 – Septembre 1864 – avril 1872 – septembre 1874 – mars 1878 – avril 1883 – 1884 – janvier – mai 1888.
  • Programmes Renz – avril 1854 – 1860 – mars 1878 – février 1889. 
  • circusarchiv.com – Enziguer.
  • La course aux trapèzes volants – Pierre Lartigue.
  • Monsieur Loyal – Lorenzo Frediani.
  • Les Clowns – Tristan Rémy.
  • Clowns de Cirque – Dominique Denis.
  • Les jongleurs à cheval Dominique Denis
  • Cirque de Copenhague – Dominique Denis – circus-parade.com.

A lire

  • Hinter den Coulissen des Circus Renz – Christian Wilhelm Allers – F. A. Dahlstrôm – Hambourg – 1887.
  • Voltigeurs, Jongleurs et Saltimbanques – Henri Lang – Paris – Munich.
  • Der Circus Renz in Berlin – Alvill Raeder – 1897.
  • Zircus Renz – A. H. Kober – Werk Verlag Frish & Perneder – Lindau – 1948.
  • Zirkus und Varieté in Wien – G. Eberstaller – Jugend u. Volk – Vienne – 1974.