Bagatelles de la porte – Extrait de Parades Foraines et leurs boniments par Claudia Vivaldi aux éditions Arts des 2 Mondes, livre réédité en 2022.
par Claudia Vivaldi

Paradoxes et gaillardises
Les parades de Tabarin furent l’objet de plusieurs recueils; Une d’elles s’intitule : Inventaire universel des œuvres de Tabarin, contenant ses fantaisies, dialogues, paradoxes, gaillardises,… rencontres, farces et conceptions… le tout curieusement recherché et recueilly.
Le roi du Pont Neuf eut des successeurs. Citons Lucas Joufflu ou Padelle. Il eut des concurrents comme Turlupin, Gros-Guillaume et Hugues Guéru, dit Gaultier Garguille. Bien que beau garçon, Henri Legrand, dit Turlupin, interprétait un personnage du genre fâlot et souffreteux.
Le visage farineux, Robert Guérin, dit Gros-Guillaume, mettait en avant se bedaine encerclée par deux courroies (la première sous les aisselles et l’autre autour du ventre). Enfin, Hugues Guéru, dit Gaultier Garguille, maigre, déguingandé, formait avec son compère un étonnant contraste.
Autres paradistes
Desiderio Descombes et de Grattelard, dont les propos furent recueillis, devinrent célèbres. Voici le titre : Les rencontres, fantaisies et coq-à-l’asne facétieux du baron Grattelard, tenant sa classe ordinaire au bout du Pont Neuf … ses gaillardises admirables, ses conceptions inouies et ses farces joviales.
D’autres paradistes bénéficièrent également d’une enviable renommée, parmi lesquels Jean Farine, Bruscambille et Guillot-Gorju. Ce dernier eut un disciple, Gilles le Niais, que les Parisiens purent apprécier sur le Pont Neuf en 1646. Ce personnage fut repris par de nombreuses troupes . Partout en Europe comme en France, les foires prirent de l’ampleur comme celle de Saint-Lazare et de Marseille. Les baraques rudimentaires des forains se transformèrent en véritables petits théâtres.
Le beau langage des Bagatelles de la porte
En réaction à ces farceurs au parler dru, gras, vert et truculent, Malherbe, Vaugelas et l’Académie, décidèrent d’y d’imposer le beau langage.
Suivant leur exemple, les comédiens des théâtres donnèrent un ton différent à leurs parades qu’ils intitulèrent bagatelles de la porte. Le langage était volontairement ampoulé et l’accent était mis sur la richesse des costumes. Seul, le queue rouge, appelé ainsi parce qu’il portait une perruque avec une natte enrubannée de rouge, parlait en patois. Pour la plus grande joie des badauds, le directeur du théâtre, lui octroyait force claques et coup de pieds au postérieur.
Fagotin
En 1646, à Paris, le marionnettiste Pierre Datelin, dit Brioché exhibait un singe dénommé Fagotin. Il était costumé d’un pourpoint orné d’aiguillettes. Coiffé d’un feutre empanaché, il portait à la ceinture une lame émoussée. La légende dit que Cyrano de Bergerac, croyant qu’il se moquait de lui, l’embrocha de son épée.
Marionnettiste comme son père, Pierre Datelin, qui serait mort à l’âge de 110 ans, en 1677, fut le fondateur d’une lignée d’artistes.
Dans leurs salons, des nobles s’amusèrent à imiter les parades et créèrent ainsi un engouement pour ce genre de spectacle.
L’essor des spectacles de la foire
Dans la deuxième partie du XVIIème siècle, les spectacles de la foire, avec leurs parades, prirent leur essor. Ainsi, les Parisiens, en 1663, assistèrent à la création de la Foire Saint-Laurent, Deux ans plus tard, on vit celle de Saint-Ovide. Des artistes comme les Nicolet, les frères Allard, Maurice Vondrebeck ou Bertrand, montèrent des théâtres forains avec des sauteurs, des danseurs de corde, des artistes en tous genres assistés du Gilles.
Il en fut de même à Londres, en 1683, avec la création du Sadler’s Wells Theatre.
À partir de 1697, date à laquelle furent expulsés les Comédiens Italiens de leur théâtre à Paris, les baraques de la foire bénéficièrent de la participation des personnages de la Commedia dell’Arte. Ces characters comme Paillasse ou Arlequin furent repris par de nombreux artistes tant pour les comédies que pour les spectacles variés.
Claudia Vivaldi
Pages choisies de Parades Foraines et leurs boniments par Claudia Vivaldi aux éditions Arts des 2 Mondes, livre réédité en 2022.
Sources
- Paradoxes et gaillardises
- Inventaire universel des œuvres de Tabarin, contenant ses fantaisies, dialogues, paradoxes, gaillardises, rencontres, farces et conceptions, le tout curieusement recherché et recueilly.
- Campardon – Les spectacles de la foire.
- Autres paradistes
- Le vieux Paris – Victor Fournel.
- Bagatelles de la porte
- Théâtre et Lumières – Maurice Lever.
- La fête foraine d’autrefois – Christiane Py – Cécile Ferenczi.
- Les spectacles de la foire – Campardon.
- Victor Fournel – Le vieux Paris.
- Le véritable auteur du théâtre des Boulevards – Georges d’Heylli.
- Fagotin
- Notes des demoiselles Vesque.
- Mythologie du Merveilleux – Max Dif.
- Histoire du Cirque – Serge.
- L’essor des spectacles de la foire
- Le Cirque et ses Etoiles – Tristan Rémy.
- The story of Sadler’s Wells – Dennis Arundell.
- L’Art du Clown – Dominique Denis.
À lire
Parades Foraines et leurs boniments – Claudia Vivaldi – Arts des 2 Mondes – Paris 2022.