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Dès le début du XXème siècle, les directeurs de cirque utilisèrent des locomobiles pour tirer leurs remorques, puis les premiers tracteurs firent leur apparition en Amérique en 1915, et quelques années plus tard en Europe. On assista alors, à l’avènement des premiers cirques motorisés.

Publicité Renault avec les frères Amar - les cirques motorisés

Les 4 frères Amar dans leur Renault

 La première voiture au Cirque

Depuis la création du cirque moderne par Philip Astley, le cheval était l’essence même du spectacle et du transport. Mis à part, les chevaux en liberté et ceux d’école, les autres, appelés chevaux de trait, étaient utilisés pour les acrobates à cheval et les attelages. Il est curieux de remarquer qu’à la même époque, Nicolas-Joseph Cugnot inventait la première automobile. Ce fardier mû par la vapeur, appelé aussi chariot de feu, roula pour la première fois, à Paris, dans l’enceinte de l’Arsenal, le 23 octobre 1769. Les circassiens n’attendirent pas longtemps pour exploiter cette invention. En décembre 1790, au Manège d’Astley, à Paris, un entrepreneur de spectacle, qui avait loué la salle, exhiba « la course d’une voiture mécanique d’une nouvelle invention mouvée par un seul homme et allant sans chevaux chargée de trois personnes. » Les spectateurs furent déçus car ils s’attendaient à voir en plus de l’exhibition de cette machine, un spectacle de cirque, d’autant qu’ils avaient payé le même prix d’entrée que d’habitude. Le commissaire de police reçut des plaintes, et fit rembourser le prix des places aux plaignants. Cette représentation qui fut un échec, n’eut pas de lendemain.

L’attrait de l’automobile

Sans nous attarder sur l’histoire de l’automobile, au demeurant passionnante, les banquistes restèrent fortement attachés à leurs chevaux. Il est vrai, que les automobiles proposées au public, notamment celles de Benz, à partir de 1886, étaient réservées à une clientèle de luxe. Au tournant du nouveau siècle, en France, six cent constructeurs d’automobile proposaient leurs productions au public. Alors qu’aux Etats Unis on dénombrait 688 véhicules, on en comptait 6.546 en France. Mais les industriels américains allaient vite rattraper leur retard sur les Européens.

Fratellini sur Hamilcar

Publicité des voitures Hamilcar par les Fratellini

Grock en voiture devant Medrano

La première voiture de grock

Bien que nés sous le signe du cheval, les circassiens ont toujours été attirés par l’automobile. Signe de réussite sociale, celle-ci allait exercer un attrait particulier chez les Artistes et les directeurs de Cirque. Les premières économies d’un artiste de renom était investies dans l’achat d’une voiture particulière, signe de réussite. Grock se faisait photographier en 1909 au volant de sa première auto devant le Cirque Medrano, à Paris. Les Fratellini firent de la publicité pour la marque Amilcar. Plus tard, en 1936, une affiche, représentait les 4 frères Amar roulant fièrement dans une superbe Renault décapotable rouge. Après la deuxième guerre mondiale, on pouvait voir les directeurs se pavanant dans des voitures américaines de dimension respectable.

Les locomobiles

Au début du XXème siècle, certains forains utilisèrent une locomobile à vapeur appelée aussi locomotive routière. Ainsi, dès 1902, le nouveau cirque allemand Sarrasani tractait ses remorques par cette grosse machine. L’année suivante, le Cirque Féerique, dirigé par Emile Alphonse Duval, dit Anderson, un chapiteau à trois mâts, éclairé par 900 lampes électriques, était transporté par 22 wagons tirés par 3 locomobiles. Les Lamberty, en 1906, achetèrent un tracteur à vapeur pour transporter leur chapiteau. L’année suivante le Cirque Périé et le Théâtre Bertier-Riga firent de même.

Affiche de la locomobile de Sarrasani - les cirques motorisés

La locomobile Sarrasani en 1905 – cirques motorisés

En 1909, Charles Spessardy Senior utilisa un tel engin pour tracter les six voitures composant le convoi de son cinéma ambulant. Cette locomobile de marque Case, qui servait aussi pour actionner le groupe électrogène, venait d’Amérique. Elle roulait à la vitesse de 6 kilomètres à l’heure, et faisait toujours grande impression quand on entendait son sifflet dans un nuage de vapeur. Deux ans plus tard, en Angleterre, Richard Chipperfield acheta aussi une telle locomotive routière pour tracter le matériel roulant de son cinéma. Cette même année, en France, Firmin Gémier transporta son Théâtre ambulant dans 33 véhicules tractés par 4 tracteurs routiers à vapeur.

D’autres banquistes adoptèrent ce système de transport, comme les Lamy en 1914. On pouvait lire dans le revue corporative Der Artist, de mai 1913, une publicité de la firme Gebrüder Lutz, vantant les avantages de leur leur locomobile.

Les premiers tracteurs

La production des tracteurs allait se développer, à partir de 1915, pour les besoins de l’armée. En Amérique, Ford sortit de ses usines son premier camion en janvier 1917.

On vit les premiers tracteurs en Amérique, à partir de 1915, au Cirque Sells-Floto. Deux ans plus tard, le Lucky Bill Newton’s Show transportait son personnel en automobile, le Honest Bill Shows revendiqua l’honneur d’être le premier établissement de spectacle entièrement motorisé. Le Cirque Coop & Lent, s’équipa de camions l’année suivante, et changea son enseigne en Coop & Lent Motorized Circus.

 Plus tard, en 1920, d’autres cirques ambulants se motorisèrent à leur tour, comme le Mighty Haag Show, le Downie’s Bros Circus ou le Al F. Wheeler Show.

Stock américain

En France, la vente du matériel des stocks de l’armée américaine débuta en novembre 1919, et les forains surent saisir cette extraordinaire occasion. Un des premiers directeurs qui acheta des tracteurs et des remorques pour transporter son matériel, fut Roméo Callebaut, à la tête du cirque belge Caroli. Cet établissement qui se produisait avec un chapiteau de 30 mètres sur 27, fit une tournée en France dès 1919. Le Cirque Caroli visita ensuite la Belgique, la Hollande, et plus tard, l’Afrique du Nord.

Papier à lettre avec les camions de Caroli - les cirques motorisés

Les camions de Caroli – cirques motorisés

Les frères Villand qui dirigeaient la Société des Grands Cirques Français possédaient en 1920, un chapiteau de 38 mètres de diamètre, d’une contenance de 3.000 spectateurs, avec 16 camions. Deux ans plus tard cet établissement était tracté par 22 tracteurs.

 En 1921, les frères Caron, Frédéric, Charles et Philippe, créèrent en 1921 le Cirque Canadien transporté par 14 tracteurs. Pour cette même saison, le cirque cycliste Spessardy, dirigé par Charles Spiessert fit l’acquisition de 7 tracteurs F.W.D. pour tirer 22 véhicules, composés de voitures, fourgons et un groupe électrogène. Le chapiteau à deux mâts mesurait 36 sur 30 mètres. Enfin, cette même année, le Zoo Circus des frères Court, le plus connu des circus fans, avait acheté un lot de 40 camions Renault, modèle 1916 et de tracteurs Latil, modèle TAR 1917 de 40 chevaux. Ces véhicules pouvaient tirer des charges de 40 tonnes, et roulaient à la vitesse de dix à quinze kilomètres-heure.

Les véhicules du Zoo Circus - les cirques motorisés

carte postale du Zoo Circus – cirques motorisés

Le cirque motorisé

 Le cirque motorisé était lancé, ce qui n’empêcha pas certaines directions de préférer le transport par train, comme Ringling Bros and Barnum & Bailey Circus, en Amérique, Knie, en Suisse, Bertram Mills, en Grande Bretagne….

À partir de 1928, le Cirque Pinder, sous la direction de Charles Spiessert, allait marquer le paysage français par son fantastique parc automobile et son extraordinaire organisation. Après la deuxième guerre mondiale, les directeurs de cirque, comme Lamy ou Figuier, s’approvisionnèrent de GMC, Dodge, Marmon, Federal, Brockway, auprès des surplus de l’armée américaine. Pour la tournée 2.000 en France, le Cirque Pinder utilisa des Renault Magnum, Alexis Gruss, des Volvo, et Arlette Gruss, des Renault ; en Allemagne, Krone et Barum ont choisi des tracteurs Scania ; en Amérique, les tracteurs les plus employés sont les Mack et les Kenworth.

Le Cirque Lamy et son matériel roulant - les cirques motorisés

Affiche du Cirque Lamy – cirques motorisés

Dominique Denis

 Sources
  • La première voiture au Cirque
  • Dictionnaire illustré des mots et locutions du Cirque – Dominique Denis.
  • Les Histoires de Cirque de James-Lewis Pinder, dit Arthur – Jacques Garnier.
  • Histoire de l’automobile.
  • Philip Astley à Paris – Tristan Rémy – Le Cirque dans l’Univers – n° 69.
  • Ma vie de clown – Grock.
  • C.P.A. Fratellini – collection Charles Degeldère.
  • Les locomobiles
  • Carte postale Sarrasani.
  • Dictionnaire illustré des mots et locutions du Cirque – Dominique Denis.
  • Face aux fauves chez Pinder – Roger Spessardy .
  • Forains d’hier et d’aujourd’hui – Jacques Garnier – p 245-271-303-304.
  • Chipperfield’s Circus – David Jamieson – p 21.
  • Der Artist – septembre 1909 – mai 1913.
  • Il était une fois le Cirque Lamy – René-Charles Plancke – p 58.
  • Les Tracteurs
  • A History of the Circus in America – George L Chindahl – p 120-121.
  • Stock américain
  • 1919 – Les années-mémoire – Albert Blanchard.
  • De Geschiedenis van de belgische circussen – André de Poorter.
  • Grand répertoire illustré des cirques en France – Robert Barrier – p 69- 225.
  • Face aux fauves chez Pinder – Roger Spessardy .
  • Storia del Circo francese – Pierre Paret – Circo – Juillet 1993.
  • La Vie du Cirque – Alex Coutet.
  • Le Monde du Cirque – André Minne.
  • Dictionnaire illustré des mots et locutions du Cirque – Dominique Denis.
  • Le cirque motorisé
  • Pinder – 1928 – Alain Nénert.
  • Dictionnaire illustré des mots et locutions du Cirque – Dominique Denis.
  • Les véhicules de cirque de chez nous – Jean-Yves Brouard.