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Bordeaux, un centre important des Arts du Cirque, dès le XVIIIème siècle, accueillit les spectacles de Philip Astley et des Franconi.
Cirque Olympique à Bordeaux - Façade

Cirque Olympique à Bordeaux

La capitale de l’Aquitaine est une ville qui au cours de son histoire a toujours attiré les gens de spectacle. Déjà, à l’époque gallo-romaine, Bordeaux possédait un amphithéâtre. Le roi Charles IX,  par un édit, autorisa les foires de mars et d’octobre à Bordeaux. De 1835 à 1853, forains et banquistes s’installèrent sur le quai entre la Place Royale et la Place Richelieu. Le 2 septembre 1853, un arrêté municipal amena les foires sur la place des Quinconces. Les cirques en bois étaient montés sur le cours du 30 Juillet.

Nous sommes reconnaissants à cette ville d’avoir su conserver dans ses archives de nombreux documents sur les cirques qui se sont installés dans ses murs. En 1974, Pierre Paret, le journaliste et auteur de plusieurs ouvrages sur le Cirque, sut convaincre Jean Paul Aviseau, le Conservateur des Archives municipales de Bordeaux, d’organiser une exposition sur l’histoire du Cirque dans cette prestigieuse cité. Cette manifestation, qui allait révéler la passion que les Bordelais avaient pour les spectacles de cirques, eut lieu deux ans plus tard.

La venue du créateur du Cirque à Bordeaux
Andrew Ducrow - Bordeaux

Andrew Ducrow et miss Woolford

Philip Astley, le père fondateur du cirque équestre, vint, avec sa troupe, à l’hôtel des Fiacres, cours d’Albret, du 22 mai au 25 juin 1785. Les Bordelais purent donc découvrir ce qu’était véritablement un spectacle de cirque, et devenir de véritables aficionados de cette nouvelle forme d’expression artistique.

L’année suivante, au mois de juin, Antonio Franconi, directeur de l’Amphithéâtre du même nom, vint donner des représentations à la manière d’Astley, dans le même lieu qu’avait choisi le créateur du Cirque moderne. Franconi revint quatre ans plus tard, en novembre et décembre, rue de la Chartreuse. Il s’installa au manège Ségalier, qui avait été construit l’année de la prise de la Bastille, et fut appelé par la suite le Manège du sieur Francony. Ce directeur revint en 1793 et 1804. Benoît Guerre, un des précurseurs de l’acrobatie équestre, présenta en 1795, ses exercices d’équitation, avec l’équilibriste Blondin et le comique Fourrau, dans un enclos appartenant au sieur Laquerrière. En 1818, les deux fils d’Antonio Franconi, Laurent et Henri, se produisirent à nouveau dans cette grande métropole. Quatre ans plus tard, en avril, Andrew Ducrow, avec sa troupe, présenta au manège Ségalier, ses compositions équestres qui faisaient fureur en Grande Bretagne et au Cirque Olympique de Paris. Le célèbre écuyer fit fureur dans sa composition équestre intitulée Pluton, dieu de feu, et avec le dressage d’un cerf sauvage. Andrew Ducrow se produisit à nouveau, l’année suivante.

L’écuyer François Avrillon impressionna les Bordelais avec ses compositions martiales, au parc d’attractions de Vincennes, le Tivoli Bordelais, lors d’une fête donnée le 20 mai 1826, en faveur des Grecs insurgés contre les Turcs. Fort de son succès, Avrillon revint à Bordeaux les trois années suivantes.

Aux Quinconces
Virginie Kennebel - Bordeaux

Virginie Kennebel

L’année 1832 fut particulièrement riche en spectacles de cirque puisque les Bordelais purent applaudir aux Quinconces, de janvier à avril, la troupe de Lustre et Modeste. Du mois d’août à septembre, Franconi présenta Sébastien Gillet dans la scène équestre du faucheur polonais, l’écuyère Camille Leroux,et les deux éléphants du Roi de Siam. Ensuite, jusqu’en novembre Tourniaire vint avec sa cavalerie de 50 chevaux. Le Cirque Loisset termina l’année avec les voltigeurs à cheval Colombier et Avrillon, et l’écuyère Virginie Kennebel qui inspira les poètes romantiques. Ces troupes se produisaient dans des cirques en bois démontables, aux Quinconces, qui était alors un quartier en pleine évolution.

L’année suivante, on assista au retour du Cirque Loisset avec Virginie Kennebel et l’illustre Auriol avec son fameux saut à travers un cercle garni de quarante pipes, ainsi que la ménagerie du renommé Henri Martin, le magicien Royné, et le manège des Porenson. Le 8 mai, était donné au Cirque Loisset une représentation exceptionnelle au bénéfice du clown Auriol.

La compagnie Vidal et Robba se produisit, en 1834, à l’hémicycle entre la rue d’Enghien et le cours de Tournon. L’année d’après, les Bordelais purent rire aux arlequinades de Léonard Dauphin.

Le premier cirque en pierre à Bordeaux
cirque en pierre À Bordeaux

Le cirque en pierre de Bordeaux

Incontestablement, les spectacles de cirque plaisaient au public bordelais, à tel point que le 24 septembre 1835, se constituait une société civile pour faire construire un établissement conçu spécialement pour les Arts de la Piste. L’architecte Gabriel-Joseph Durand dessina les plans d’un amphithéâtre circulaire, avec une piste, mais sans scène, comprenant un rez-de-chaussée et deux niveaux de galerie. Cet amphithéâtre équestre fut construit l’année suivante, à l’angle des rues Castelnaudoros et Judaïque-Saint-Servin, au fond d’une cour cernée d’immeubles existants. L’entrée se faisait par un porche monumental évoquant l’arc de triomphe qui fut construit à l’occasion de la Fête de la Fédération au Champ-de-Mars, à Paris. L’établissement fut dénommé Cirque Olympique, et aussi Cirque Français.

La compagnie Vidal et Robba s’installa dans ce cirque flambant neuf pour cette première année d’exploitation. Un des clous du spectacle fut la conversion, scène à cheval inspirée du roman Mathilde de Madame Cottin, qui narrait la tragique histoire des amours de Malek-Adel, général turc, et de Mathilde, la sœur de Richard Cœur de LionFrançois Avrillon, associé avec Colombier, loua à son tour le Cirque Olympique.

Laurent Franconi, son épouse, et mademoiselle Désirée présentèrent, en 1838, un pas de trois équestre qui resta dans les mémoires. La compagnie Robba présenta une scène équestre intitulée Le jeune héros grec mourant en défendant l’étendard de la foi.L’année suivante, les Franconi revinrent pour six semaines. Cette même année, le dompteur Carter y présenta ses fauves en douceur.

Pyramides équestres

Programme du Cirque Rancy

La famille Bouthors présenta, en 1841, sa fameuse pyramide équestre, et l’année suivante, on assista au  retour de la compagnie Colombier-Avrillon.

En 1852, les frères Bourgeois se produisirent sur la piste du Cirque Olympique, puis la compagnie Rimbert-Lambert vint en 1854, l’année suivante, en décembre, ainsi qu’en janvier et février 1857. Les frères Godefroid présentèrent, en 1855 les écuyères Fanny Stanley et Virginie Tourniaire. Cette même année, le Cirque Romain, d’Alessandro Guerra, fut déclaré en faillite. Louis Dejean, le grand directeur parisien fit le voyage personnellement pour acheter Hercule, Zéphyr, Belote et Mirza, les plus belles montures du vieil Alessandro Guerra.

On put applaudir les frères Loyal, en 1861, et le cirque de Francisco en 1863 et1864. Cette même année et la suivante, ce fut au tour du Cirque Impérial de France, des frères Bouthors, de présenter ses spectacles. Enfin, Théodore Rancy donna une série de représentations avec des pantomimes, au mois de décembre 1865. L’année d’après, le Cirque Olympique de Bordeaux ferma ses portes, puis fut démoli. Cependant, il fut reconstruit, deux ans plus tard, mais transformé en théâtre, appelé successivement Folies Bergères, Louit, Théâtre des Arts, et Appolo. Beaucoup plus tard, ce théâtre fut reconvertit en salle de cinéma qui s’appela Le Rio, puis l’Ariel.

Retour des cirques en planches à Bordeaux
Bidel et son lion Pacha - Bordeaux

Bidel et son lion Pacha

A partir de 1861, certains directeurs de cirque trouvèrent qu’il était plus avantageux de faire construire un cirque en bois que de louer la salle du Cirque Olympique. Il y eut plusieurs emplacements, comme à l’angle des rues Saint-Sernin, anciennement Saint-Martin, et Castéja ou entre le 69 et 79 de la rue Saint-Sernin, ou encore dans les rues autour du Cours du 30 juillet. D’autre part, une construction appelée Cirque National, qui fut transformé plus tard en théâtre de l’Alhambra, puis Alhambra Scala, fut édifiée entre le numéro 111 de la rue Judaïque et le 22 rue d’Alzon sur un terrain appartenant à l’horticulteur Geyraud.  L’emplacement était alors appelé Cité du Cirque.

Ainsi, les frères Loyal, qui s’intitulaient premiers écuyers du cirque de S. M. Napoléon III, donnèrent leur représentation d’adieux le 22 juin 1861. En 1863 et l’année suivante, ce fut le tour de  Francisco. Il passa le flambeau en 1864 aux Lambert, qui firent de même, l’année d’après avec Rancy. Ce dernier avait pour vedette Victoria Blondin qui entreprenait l’ascension d’un câble oblique tendu jusqu’aux troisièmes galeries. A noter aussi la participation du dompteur François Bidel, ainsi que celle de Jean Baptiste Pezon.

Achille Ciotti, directeur du Cirque Royal Italien, en 1868, monta rue Saint-Sernin une construction de forme oblongue, de 40 sur 22 mètres. Au programme figuraient les artistes espagnoles, mesdemoiselles Rena et Liria. En 1869, on vit Juan Perez s’exhiber avec un groupe de lions, et le Cirque Romain des frères Casuani, avec une troupe importante.

De Cotrelly à Nava
Le clown Foottit - Bordeaux

Le clown Foottit – CPA

Le Cirque Cottrely, dirigé par l’artiste anglais Henry Cottrell, présenta en 1872 de remarquables spectacles avec notamment la troupe aérienne des Hanlon-Lee, une des meilleures de l’époque. Cet établissement revint régulièrement pour les foires de mars et d’octobre, jusqu’en 1877. Entre temps, le Cirque Milanais dirigé par L. Priami et Rodolpho Pierantoni, vint s’installer de 1874 à 1876, et en 1879. Le Cirque Rancy s’installa à son tour, en 1875, 1877 et 1878.

Juste le temps d’une parenthèse, on peut noter le passage, en 1880, du Grand Amphithéâtre National Sanger. Le matériel de cet établissement ambulant était acheminé par 47 voitures, et la ménagerie comprenait des tigres, des lions et des éléphants. Ce cirque anglais, dirigé alors par Lord George Sanger, revint deux ans plus tard quai Sainte Croix, du 30 mai au 7 juin. Un autre établissement volant, le Grand Cirque Américain, dirigé par Géo Pinder planta ses tentes en 1882 et 1883 sur le quai de la Monnaie, puis revint en 1892 sur le quai de la Grave.

Le Grand Cirque Continental, dirigé par Léon, s’installa, en 1883, sur la place des Quinconces, dans un théâtre en bois construit pour l’exposition de l’année précédente. Dans un  des programmes, on pouvait remarquer le clown Foottit qui n’avait pas encore conquis ses galons de vedette, et dans un autre, Alexandre Nava qui allait devenir quelques années plus tard une grande figure du Cirque Bordelais. Les années suivantes, d’autres cirques montèrent des constructions en bois quai de la Grave, comme celui de Lockart, en 1886, de Rancy, en 1887, ou d’Alexandre Nava, avec son Grand Eden-Cirque, en 1889, avec au programme le ventriloque O’Kill, et Rudesindo Roche et ses loups.

Le Grand Hippodrome de Bordeaux
Les éléphants de Lockart - Bordeaux

Les éléphants de Lockart

En 1890, deux établissements furent construits : Le Grand Hippodrome de Bordeaux et le Cirque Bordelais

L’Hippodrome, situé 90 boulevard de Caudéran, fut construit par l’architecte Tournier pour le compte de M. Hanappier, négociant à Bordeaux.  De conception moderne, en fer et en fonte, cet établissement était de forme ovale, de 62 mètres de long sur 51 mètres de large, et d’une hauteur de 25 mètres. Les murs étaient en pierre, et les gradins en bois. Des colonnes supportaient l’édifice. L’immense dôme était vitré. L’hippodrome était doté d’une piste ovale de 1428 m², et d’une piste de cirque en son centre. La salle contenait 3.500 places assises et 500 debout. L’entrée, située sur le boulevard, comprenait un vaste vestibule avec un escalier en pierre à double rampe donnant accès aux gradins. La salle était équipée d’un système de chauffage et de ventilation. Les écuries pouvaient accueillir plus de 125 chevaux

La direction artistique était assurée par Alexandre Nava qui, pour l’inauguration, le 5 avril 1890, monta  un spectacle à grande mise en scène intitulé Une fête sous Louis XV, avec la participation de 300 personnes et 20 chevaux. Outre cette grosse production, les Bordelais purent acclamer Elvira Guerra, l’écuyère de haute école qui avait hérité du caractère de son grand-père Alessandro. Le 19 mai, on s’émerveilla de l’arrivée des trois éléphants de Georges Lockart. En juin, la pantomime s’intitulait Le Fiacre 117. On put applaudir les Eugène, au trapèze, et la troupe de lilliputiens Colibris. Au spectacle suivant, changement de programme avec Le voyage du capitaine Trivier.

L’incendie
James Fillis sur Germinal - Bordeaux

James Fillis sur Germinal

Hélas, le 30 septembre, à 1 heure 30 du matin, un incendie détruisit l’hippodrome. Heureusement, on ne déplora pas de victimes humaines. A part deux poneys et deux singes qui brûlèrent, le cerf et les 60 chevaux purent être sauvés à temps.

L’année suivante, un nouvel hippodrome en bois fut construit entre le boulevard de Caudéran et les rues Judaïque et Dauzats, sur un terrain appartenant à M. Lesca, conseiller général. Pour la réouverture, en mai, le grand James Fillis fit un triomphe avec Germinal, et Elvira Guerra  avec son cheval Campeador fut acclamée et fit quatre rappels.

Après la faillite d’Alexandre Nava, en 1892, Rudesindo Roche, le célèbre dresseur de loups de Sibérie, prit la direction de l’Hippodrome. Michaela Alegria, née Ramirez, mariée avec Gil Vicente Alegria, le fondateur d’un cirque équestre célèbre en Espagne, prit la suite, en mars et avril. Casimir Wolsi présenta, à partir du 26 août 1893, une troupe d’africains du Dahomey. L’Hippodrome ferma définitivement ses portes, en 1894, puis ce fut la démolition.

Le Cirque Bordelais
Programme du 17 mai 1890 - Bordeaux

Programme du 17 mai 1890

 

Jean Bory, le directeur des Folies Bordelaises, du Casino de Dax et d’Arcachon, demanda à l’architecte Marius Faget d’entreprendre la construction d’un cirque en bois Quai de la Grave. Les travaux débutèrent le 30 mars 1890, et furent terminés le 1er mai.  La façade d’entrée de style néo-classique comprenait deux portes avec un fronton très sobre. A l’intérieur, la piste de 13 mètres était entourée de chaises, de 22 loges, et des premières, deuxièmes et troisièmes galeries. L’orchestre était situé à la hauteur des deuxièmes galeries, au-dessus de l’entrée des artistes. Comme au Nouveau Cirque de Paris, la piste se transformait en bassin nautique de 3 mètres de profondeur.

Pour inaugurer, en mai 1890, son Cirque Bordelais, appelé aussi Cirque de la Grave, Jean Bory monta un spectacle composé d’une première partie de cirque traditionnel avec Miss Jenny, la sémillante écuyère allemande sur son cheval Amiral, Lucien Loyal dans son numéro du jockey d’Epsom, Juan Caïcedo qui tournait le saut périlleux sur le fil d’Archal, la troupe acrobatique Mansuy, et le clown Billy Hayden. En deuxième partie, on assistait à une grande pantomime nautique intitulée La grenouillère de la Baranquine. En août, on joua une autre bouffonnerie aquatique, La Noce d’Auguste, avec les clowns Lacombe et Decock.

L’année suivante Jean Bory confia la direction à Michaela Alegria qui présenta son Cirque de Barcelone. La pantomime s’appelait La Foire à Séville, prétexte à des courses de taureaux. Cette même année, Lucien et son frère Paul Loyal revinrent au Cirque Bordelais, et en profitèrent pour se marier tous deux avec les écuyères de renom, Virginie et Augusta Ducos.

La fée du Lac
Les Frediani par Vesque - Bordeaux

Les Frediani par les demoiselles Vesque

Michaela Alegria revint en 1892, avec à l’affiche les clowns Géo Foottit, Pierantoni et Saltamontès. L’année suivante, cette directrice engagea les icariens Nagels et la troupe acrobatique Trevalli-Cinquevalli. En 1894, Jean Bory loua sa salle à Alexandre Nava, son ancien concurrent, qui présenta en juillet les Frediani, puis monta une pantomime intitulée La fée du Lac. Michaela Alegria présenta, en 1895 et 1896, des spectacles en trois parties, avec des artistes exceptionnels comme le clown William Olschansky avec ses chats et rats dressés, ou encore l’équipe clownesque des frères Carpi. En 1897, l’éclairage fut produit par des lampes à acétylène, et Mademoiselle Lenka présenta ses spectacles pendant trois mois, avec notamment une pantomime héroïque intitulée La défense du drapeau.

A l’instar de Molier, le vicomte de Pelleport-Burète organisa en 1897 et 1898, des spectacles de cirque amateur au profit d’œuvres de bienfaisance. En 1899, Beketow s’installa avec son Grand Cirque Russe. En 1900, Jean Bory opéra des transformations de la salle, de manière à pouvoir donner des séances de théâtre et de cinématographe. Cependant, les spectacles de cirque reprirent leurs activités. On vit le Cirque Alegria, et l’année suivante, après quelques séances de cinéma, le cirque espagnol Cristiani occupa la piste. Au cours d’une représentation, le barriste Alfred Court fut victime d’une terrible chute, alors qu’il exécutait le passage de la première à la troisième barre. Deux semaines plus tard, le jeune artiste repartait vers de nouvelles aventures.

En 1902, il n’y eut que des séances de cinéma, puis en 1903, les jeux de la piste furent à l’honneur avec le Cirque Olympia, dirigé par François Chabre. Alexandre Nava prit la direction artistique du Grand Cirque International, appartenant à Jules Mars, en 1904 et l’année d’après, celle du Grand Cirque Métropolitain. En 1906, le cirque de Francis Ursus s’installa, puis ce fut le retour du cinéma.

Autres constructions à Bordeaux
Cirque Plège - Rouen

Programme du Cirque Plège

Le Grand Cirque Franco Espagnol, dirigé par Cuevas Fernandez, étonna les Bordelais, en mars 1907 avec les six taureaux présentés en liberté par le directeur.  L’année 1908 vit la fin de l’exploitation du Cirque de la Grave, avec Cristiani comme directeur. Cette imposante construction en bois qui faisait la fierté des Bordelais, fut démolie en juin 1909, par l’entreprise Touraille et Peperiot.

Le Grand Hippodrome de Bordeaux et le Cirque Bordelais subirent la concurrence d’autres établissements de spectacle du même genre. Ainsi, en mars 1895, Pierantoni présenta son Cirque Olympique avec une pantomime intitulée Les amours d’une statue.Le cirque du dresseur Louis Beudet planta son chapiteau à la barrière de Saint-Genès, de 1896 à 1898. Cette même année, Marthe Labit et son Cirque Oriental qui tournait de place en place, s’installa dans une construction appelée Cirque du Printemps. L’année suivante, François Bidel dressa sa baraque pour installer sa ménagerie foraine.

A partir de 1893, Antoine Plège fit construire aux Quinconces, un cirque en bois de trente mètres de diamètre, avec des écuries pouvant abriter cinquante chevaux. Après sa mort, en 1898, sa veuve reprit l’exploitation du cirque, jusqu’en 1903. On put rire avec les clowns Tonitoff et Antonet, en 1900. En novembre de l’année suivante, on assista à une course poursuite à vélo, dans une cuvette de 8 mètres de diamètre, entre Ancillotti et Michelo. Toujours Place des Quinconces, Mademoiselle Lenka monta une construction, d’avril à juin 1897.

L’hégémonie des Plège
Jos Lang - Bordeaux

Jos Lang

Pendant une semaine, en mai 1902, Barnum & Bailey planta ses tentes, avec sa ménagerie grandiose, ses phénomènes et son hippodrome à trois pistes. Cela n’empêcha pas la Veuve Plège de reprendre ses activités en octobre avec la pantomime Napoléoni nterprétée par 150 enfants. En 1903, l’athlète Nino, et les Lécusson, furent les vedettes de ce cirque cher au cœur des Bordelais.

André Plège perpétua la tradition du bon cirque en 1904, pour la plus grande joie du public bordelais. En octobre, on put admirer un groupe de 25 lions présenté en liberté dans la cage centrale. Une autre vedette de ses spectacles fut l’intrépide casse-cou à bicyclette Jos Lang.

Le beau-frère d’André Plège, Henri Despard-Plège prit la suite, en 1905, malgré la venue cette année là de Buffalo Bill et son Wild West Show. Le cirque fit salle comble avec la vedette du vélo acrobatique unijambiste Eddie Giffort, qui se rendit célèbre avec sa descente vertigineuse. Pour un autre programme, Charles Clarke exécuta des sauts périlleux avant, arrière, et double pirouettes à cheval. Enfin, l’année suivante, André Plège prit la relève.

Adieu Chocolat
Chocolat à la grosse caisse - Bordeaux

Chocolat à la grosse caisse

En 1908, deux cirques se trouvaient en concurrence, Despard-Plège et Roche. Dans ce dernier cirque, en octobre1913, on put rire avec les clowns Moriss et Vincent, et en mars de l’année suivante, avec Antonet et Walter. Entre temps, d’autres cirques donnèrent des représentations comme le Nouveau Cirque Suisse, dirigé par le Chevalier F. Charles, en 1912, ou la construction de 40 mètres des frères Camille et Emmanuel Roche, les anciens directeurs de l’Alhambra de Bruxelles. Cette construction fut régulièrement utilisée jusqu’en 1914.

A partir de 1917, Alphonse Rancy planta son chapiteau. Le 4 novembre de cette année, le populaire clown Chocolat, qui était engagé dans ce cirque, décéda. Il avait quarante neuf ans.

En 1921, les frères Roche, toujours à la tête de leur agence artistique, et qui s’étaient produits les saisons précédentes sous chapiteau, inaugurèrent une belle semi-construction démontable commandée à la maison Baillet de Versailles. Ce cirque mesurait 50 mètres de diamètre, et pesait 110 tonnes. Cet établissement revint en 1922 et 1923.

Les années suivantes, jusqu’en 1934, de nombreux cirques, comme Rancy, Houcke, Zoo-Circus, Standard, travaillèrent sous chapiteau.

La construction de Pourtier à Bordeaux
Cirque Pourtier - Bordeaux

Cirque Pourtier

Le Cirque Pourtier, dirigé par Antoine et Marthe Pourtier, s’installa, de 1935 à 1939,  avec une construction de 50 mètres de diamètre et de 20 mètres de hauteur. Cet établissement présenta avec régularité d’excellents spectacles composés des meilleures attractions de l’époque. Pour la première saison d’automne, de 22 jours, on pouvait voir à l’affiche Mac Norton, l’avaleur de grenouilles, la troupe de jongleurs Aicardi, les aériens Algevol, les clowns Ilès et Loyal, et Nello, le cycliste bavard. En mars 1936, on put applaudir les clowns Maïss et Béby, et la dompteuse Martha la Corse. Celle-ci fut sérieusement accrochée par un de ses fauves. Le 18 mars, un gala fut organisé au profit de l’artiste hospitalisée.

Cirque de Bordeaux - direction Coupan

Cirque de Bordeaux

D’autres attractions de premier ordre défilèrent sur cette piste prestigieuse, comme en octobre 1937 la moto infernale des Palmiri, le fildefériste Walter Powell, ou les comiques à bicyclette Maurice et May. La troupe acrobatique chinoise Shoun-Foun fut la vedette de la saison 1938, et les Rastelli, au tremplin élastique, obtinrent un gros succès en mars 1939.

En 1951, et les deux années suivantes, Jean Coupan, dans l’ancienne construction de Dorget, sous l’enseigne du Grand Cirque de Bordeaux, présenta une série de spectacles avec une pléiade d’attractions, comme la femme obus Miss Curtis, le dompteur Jacky Rex, ou l’écuyer José Moeser. Indépendamment des nombreux cirques qui plantèrent leurs chapiteaux aux Quinconces, ou des troupes de passage, comme le Cirque de Moscou qui donna quelques représentations dans le Hall de la Patinoire, en 1983, 1985, 1987, 1989, Pourtier fut le dernier établissement qui monta une semi-construction. C’était en 1955.

 

Adaptation de : Cirques en bois, cirques en pierre de France – Charles Degeldère et Dominique Denis – deux volumes – Arts des 2 Mondes – 2003. (en cours de réédition).

 Sources
  • Archives municipales de Bordeaux.
  • Plan de Bordeaux.
  • The life and art of Andrew Ducrow – A. H. Saxon.
  • Le Cirque à Bordeaux – Jean Paul Aviseau et Monique Gré.
  • Au siècle d’or du cirque à Bordeaux – Albert Rèche – La vie à Bordeaux – 28/2/1976.
  • Architectures du Cirque – Des origines à nos jours – Christian Dupavillon – p 198.
  • Grand Répertoire Illustré des Cirques en France – Robert Barrier – p 258 à 260.
  • Les cirques stables en France (1900-1950) – Alfred Court – Le Cirque dans l’Univers – n° 15.
  • Théodore Rancy et son temps – 1818-1892 – Jacques Garnier – p 103- 119-140-151 à 154.
  • Programme Cirque Continental – 1/3/1883.
  • Forains d’hier et aujourd’hui – Jacques Garnier – p 145-148.
  • Programmes des Cirques en France de 1860 à 1910 – Alain Simonet – p 26-27.
  • Dictionnaire illustré des mots et locutions du Cirque – Dominique Denis.
  • Le Cirque dans l’Univers – n° 76.
  • Le Nouvelliste – 2/4/1890 – 1/10/1890 – 17/5/1891.
  • La Petite Gironde – 2/10/1890.
  • Der Artist – 1872 à 1879 – 1892 à  1899.
  • Correspondance Antoine Plège – 1896 à 1898.
  • Mes débuts comme professionnel – Alfred Court – Le Cirque dans l’Univers – n° 28.
  • Le Nouvelliste – 12/10/1897 – Novembre 1901 – Octobre 1902 – Mars 1903 – 1905 – 1913 – 1914.
  • La fantastique tournée en France de Barnum & Bailey – Dominique Denis.
  • Correspondance Veuve Antoine Plège – 1899 à 1903.
  • Correspondance municipale – 1903-1905.
  • Journal de Bordeaux – 19/03/1905.
  • Programme Despard-Plège – 1905.
  • Courrier André Plège – 1906.
  • Courrier Despard-Plège – 1908.
  • Le Nouvelliste – Octobre 1908.
  • Un grand directeur est mort – Camille Roche – Alfred Court – Le Cirque dans l’Univers – n°17.
  • Courrier Roche – 1915-1920.
  • Programmes Roche – 1912-1921-1922.
  • Courrier Little Walter – 1922.
  • Album Maïss – Dominique Denis – p 10-24-30-60.
  • Cirques – Constructions – Jacques Fort – Le Cirque dans l’Univers – n°22.
  • Au cirque d’amateurs – A.R. – La vie de Bordeaux – 6/3/1976.
  • Programme Alphonse Rancy – 1924.
  • Le cirque à Bordeaux – Henry Thétard – 22/3/1933.
  • A la foire de Bordeaux – Henry Thétard – Octobre 1933.
  • La fermeture du Nouveau Cirque de Vaugirard – 1937.
  • Programme Pourtier – 1935-1936-1938-1939.
  • Hop et voilà… Avril 1937 – Octobre 1938.
  • Programmes du Cirque de Moscou – 1983-1985-1987-1989.