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Henri Martin, précurseur du dressage moderne, fit sensation au Cirque Olympique, en 1831, dans la pantomime Les lions de Mysore .
La ménagerie van Aken - Henri Martin

La ménagerie van Aken.

Une vocation
Henri Martin - ses fauves

Henri Martin et ses fauves

Originaire de Marseille, Pierre Henri Martin naquit le 10 janvier 1793. Selon Signor Saltarino, dans son livre Artiste-Lexikon, il fit ses classes comme acrobate à cheval au Cirque Luigi Guillaume à Florence. Le Cirque Blondin, qui tournait dans les pays belges, hollandais et germaniques, l’engagea à Franckfort. De caractère indépendant, Martin monta ensuite sa propre troupe équestre.

Sa rencontre en 1819 avec Hermann van Aken (1797-1834) fut déterminante. Ce dernier dirigeait une ménagerie ambulante réputée aux Pays-Bas qui avait été fondé en 1791 par Anthonys van Aken (1753-1826) à Rotterdam et repris par ses enfants Anton, Hermann, Wilhelm, Gertrude et Cornelius.

Subjugué par les fauves et Cornelia Wilhelmina Gertrude, Pierre Henri Martin devint dompteur. A Leipzig, le 20 mai 1820, il épousait la belle dompteuse hollandaise. Dans le monde la Foire, il acquit une notoriété certaine avec son tigre Atyr et ses lions Néron et Cobourg

Quelques années plus tard, il fonda son propre établissement.  Sa réputation fut telle qu’il fut félicité par plusieurs têtes couronnées comme le roi de Prusse Friedrich Wilhelm III.

A Gand, en 1826, Martin s’associa avec son compatriote Huguet de Massila. Puis, il voyagea ensuite en Bavière en 1827 et en Suisse l’année suivante. En France, il se produisit à Lyon en 1829.

Le 3 décembre de cette même année, il s’installa à Paris, rue Basse-de-la-Porte-Saint-Denis. La présentation de ses élèves en douceur étonna les Parisiens. Il fut apprécié par la noblesse française. Henri Martin rencontra Georges Cuvier, directeur du Museum d’Histoire Naturelle, puis Honoré de Balzac, qu’il conseilla pour son livre Une passion dans le désert qui avait pour sujet l’histoire d’un soldat français avec une panthère lors de la campagne d’Egytpe.

Henri Martin au troisième Cirque Olympique
Henri Martin et Néron

Martin et Néron

Au Cirque Olympique (le troisième du nom) à Paris, Adolphe Franconi, le fils d’Henri Franconi, eut l’idée de le présenter, non pas comme dompteur, seul face à ses fauves, mais en l’incorporant dans une pantomime écrite sur mesure. Ce fut pièce en trois actes et sept tableaux, écrite par Henri Villemot, Théodore Nezel et A. François, sur une musique de François Sergent. La première eut lieu le 21 avril 1831.

Martin était annoncé comme étant le Zoogymnaste breveté de son Altesse Royale.

Cette pantomime de cirque mise en scène par Adolphe Franconi était un prétexte à la présentation d’animaux exotiques. Un grand rideau était tendu au-devant de la scène, et grâce à des praticables, les comédiens circulaient tout autour donnant l’illusion qu’ils étaient en contact avec la faune.

Henri Martin luttant contre un boa

Henri Martin et son boa

Henri Martin interprétait le rôle de Sadhusing. Persécuté par le sultan de Mysore Hyder-Ali, Sadhusing errait seul, abandonné dans la jungle. Là, il où il vivait en paix au milieu des animaux sauvages.

Au cours de l’action, on le voyait dormir avec une lionne, sauver deux enfants attaqués par deux boas, et, aidé de deux lions, tenir tête à des indiens.

Le sultan faisait son apparition sur un éléphant… des chasseurs poursuivaient un buffle et des lamas… le bouffon du sultan se retrouvait confronté à un singe, à un pélican qui lui volait son repas, puis était poursuivi par un kangourou…Un tigre (qui en réalité était un guépard) poursuivait un enfant, et Sadhusing le sauvait… À la fin de l’histoire, le héros se mesurait à une dangereuse lionne. Happy end avec fanfare et défilé de soldats sous les ovations du public. La première eut lieu le 21 avril 1831 en présence du duc d’Orléans. Ce fut un énorme succès !

En Grande-Bretagne
Henri Martin - 1834

Affiche Franconi – le souper des animaux – 1834 –

Le Drury Lane de Londres l’engagea immédiatement où il débuta le 17 octobre 1831. Son engagement prit fin le 23 décembre, puis il partit à Dublin. Selon Henri Thétard, son guépard mourut à Londres. Engagé par Andrew Ducrow, il se produisit à Liverpool à partir du 13 février 1832 en compagnie d’Huguet de Massila et son éléphant Djeck.

Malgré d’autres propositions dans des cirques, Henri Martin reprit son indépendance, et s’installa à nouveau dans les foires. Ainsi, on le vit à Bordeaux de février à juin1833 dans les allées d’Orléans, où était annoncé un tigre, une hyène et des léopards. Le prix du spectacle était de 50 centimes à 1,50 franc.

Les Franconi le réengagèrent à partir du 14 mars 1834 avec Atyr et Néron. Le public parisien revint le voir et le célébra. Martin resta dans ce cirque parisien jusqu’au 24 juin. En plus de ses deux fauves préférés, il présenta son boa, une hyène, une lionne et une saynète intitulée le Souper des animaux. Lors de l’avant dernière, la représentation fut donnée à son bénéfice. La troupe Franconi partit ensuite en tournée en France avec Henri Martin en vedette. A Angoulême, la dompteuse madame Poisson, de la ménagerie éponyme, vint lui rendre visite et entra bravement dans la cage des hyènes.

Henri Martin décida d’arrêter le métier de dompteur, et en 1838 vendit sa ménagerie à son beau-frère Cornelius van Aken.

Pierre Henri Martin par Raden Saleh

Portrait de Pierre Henri Martin par Raden Saleh

Conseiller des zoos d’Amsterdam, Berlin, Rotterdam

Il participa à de multiples entreprises, en conseillant le zoo d’Amsterdam, fondé en 1838, puis celui de Berlin, quatre ans plus tard.

Signor Saltarino indique que son épouse Gertrude décéda en1848. Il se remaria en 1854 avec Francine Louise Schot.

La Société Zoologique de Rotterdam  lui demanda, en 1857, de participer à la création de son jardin zoologique. Enfin, iI écrivit ses souvenirs dans un livre intitulé Les mémoires d’un dompteur qui fut édité à paris en 1877. Agé de 89 ans, Pierre Henri Martin décéda le 8 avril 1882 à Kralingen, une commune de Rotterdam.

Précurseur du dressage moderne, Henri Martin est considéré par les historiens comme le premier dompteur à se produire sur la piste d’un cirque. Son portrait fut brossé par le peintre indonésien Raden Saleh.

Dominique Denis
Sources
  • Unterwegs mit wilden Tieren. Wandermenagerien zwischen Belehrung und Kommerz 1750 -1850 Annelore Rieke-Müller.
  • Le vieux Paris – Fournel.
  • Artisten-Lexicon – Signor Saltarino.
  • Victoria Arena – John Turner.
  • Les dompteurs – Henry Thétard.
  • Une passion dans le désert – Honoré de Balzac.
  • Le Cirque Olympique du Faubourg du Temple (1827-1836) – M. J. Vesque – Le Cirque dans l’Univers – n° 15.
  • The life and art of Andrew Ducrow – A. H. Saxon.
  • Premiers cirques parisiens – Dominique Denis – Circus-parade.com.
  • Henri Martin, le dompteur Martin – Michel Alain Lagrange – Le bloc-notes de cirk75.
  • Envoyez les lions – Jean Richard.
  • Dictionnaire du Cirque – Dominique Denis.
  • Animal de théâtre ou bête de scène ? – Patrick Berthier.
  • Le Grand Livre du Cirque – Monica J. Renevey.
  • Encyclopédie du Cirque – Dominique Denis.
  • Histoire illustrée des cirques parisiens – Adrian.
  • Cirques en bois, Cirques en pierre de France – Charles Degeldère et Dominique Denis.
  • Le grand théâtre des fauves – Jean-Pierre Meunier – Le Cirque dans l’Univers – n° 193.
  • Les mémoires d’un dompteur – Henri Martin, Paris, 1877.
  • Portrait de Pierre Henri Martin par Raden Saleh.
À lire 

Les mémoires d’un dompteur – Henri Martin, Paris, 1877.