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.szElvira Guerra, avec des chevaux comme Campeador, se classe parmi les écuyères de haute école les plus originales de la fin du XIXème siècle.

Saint-Pétersbourg
affiche de l'hippodrome de l'Alma en 1880

Hippodrome de l’Alma avec Elvira Guerra

Fille de Rodolfo Guerra, et petite-fille d’Alessandro Guerra, Elvira Leopoldina naquit à Saint-Pétersbourg le 2 décembre 1855.

Dans une lettre adressée à Henry Thétard, elle avait évoqué son enfance, comment elle avait chevauché un poney dès l’âge de six ans, puis son apprentissage en Angleterre où elle dut se tenir en selle, à califourchon, sans rênes ni étriers sur un fougueux cheval irlandais. C’est ainsi qu’elle acquit une assiette exceptionnelle. De plus, elle apprit à dresser elle-même ses montures.

Alors qu’elle n’avait que quatorze ans, elle fut engagée, avec sa sœur Olga, en mars 1869 à Dublin au cirque de Charles Hengler.

Paris lui fit un accueil mémorable, d’abord au Cirque d’Été des Champs-Élysées, lorsqu’elle apparut montant son cheval Croziani, en août 1879. Son succès fut tel qu’elle fut engagée, l’année suivante, par Charles Zidler à l’Hippodrome de l’Alma.

L’avis du baron de Vaux
Mlle Elvira Guerra - portrait

Mlle Elvira Guerra

Le baron de Vaux disait d’elle :

« … Elle n’ignore rien de ce qui touche à l’équitation proprement dite et son travail des deux pistes, au pas, au trot et au galop est irréprochable de régularité et, de plus, exécuté avec un entrain et un brio très remarquables… »

Annoncée comme la plus élégante écuyère du monde, elle retourna au Cirque Hengler, cette fois à Londres, en novembre 1882.

Les Parisiens eurent le bonheur de la retrouver l’Hippodrome de l’Alma en mai 1884.

Un matin, alors qu’elle se préparait pour sa promenade matinale, son palefrenier découvrit qu’elle avait été victime d’un acte malveillant. En effet, les contre-sanglons de quatre selles avait été sectionnés dans l’intention évidente de provoquer un grave accident.

Malgré une enquête, le ou les coupables de ce méfait, heureusement découvert à temps, ne furent pas trouvés.

Entre Paris et Bordeauxaffiche du nouveau cirque - Mlle Elvira Guerra

Elvira Guerra retourna à Paris au Nouveau Cirque de Joseph Oller en octobre 1886. Dans ce même établissement, en janvier de l’année suivante, par autorisation spéciale, elle ne se produisait que le mardi et le vendredi.

À nouveau, elle fut engagée à l’Hippodrome en 1887, en même temps que sa rivale Elisa Paetzold. L’année suivante, Elvira Guerra rayonnait au Cirque d’Été aux Champs-Élysées.

En avril 1890, elle fut l’invitée d’Alexandre Nava pour l’inauguration de l’Hippodrome de Bordeaux, boulevard de Caudéran. Cet établissement fut détruit par un incendie, et reconstruit l’année suivante. Le public bordelais eut le plaisir de retrouver Elvira Guerra en mai de l’année suivante. Lors de la première, elle monta Campeador, et ce jour là eut droit à quatre rappels.

Théodore Rancy l’engagea à Lille en septembre 1891, et Raoul Donval, le nouveau directeur du Nouveau Cirque à Paris, en avril 1893.

Jeux Olympiques

Une fois de plus, Elvira Guerra obtint les honneurs de la presse, cette fois de façon inattendue, représentant l’Italie, à l’occasion des Jeux Olympiques de 1900 qui se déroulèrent à Paris, dans le cadre de l’Exposition Universelle.

Pour la première fois, l’équitation était devenue une discipline à part entière. Les épreuves, organisées par la Société hippique française, eurent lieu place de Breteuil, les 29 mai, 31 mai et 2 juin 1900. Fait également exceptionnel, deux femmes furent admises à participer à ces jeux.

Dans Les jeux olympiques oubliés, André Devon écrivit :

« … Tandis que dans ce milieu très masculin, deux amazones Mlle Elvira Guerra qui conduisait le cheval Libertin et Mlle Moulin sont très remarquées par le public… »

Les chevaux d’Elvira Guerra
Elvira Guerra - photo de J. Delton

Elvira Guerra en amazone par J. Delton

Ses chevaux devinrent célèbres comme Croziani, Rubis, Bouton d’or, Hight-fly, My Beauty, Protector, Diamant noir ou Campeador, ce dernier qui franchissait une table sur laquelle étaient posées deux candélabres allumés.

Elvira Guerra écrivit :

« … À tous mes élèves j’appris les airs les plus savants et les plus corrects de la haute école pour contenter les connaisseurs, et les tours les plus extravagants pout satisfaire le public, tels que marcher sur les jambes de derrière avec moi dessus, pirouettes haut cambrées, marcher sur les genoux, valser lentement puis à toute vitesse, lançades le plus haut possible, etc… »

Rue Elvira Guerra

Après une longue carrière, elle se retira à Caudéran, au 54 de la rue Carnot, puis décéda le 26 octobre 1937. Une rue fut baptisée à son nom à Bordeaux de 1993 à 1996.

Entre-temps, elle avait obtenue la nationalité française, le 21 décembre 1930.

Artiste au fort tempérament, volontaire et d’une grande audace, Elvira Guerra se classe parmi les écuyères de haute école les plus acclamées de son époque.

 

Dominique Denis

 

Sources

  • Saint-Pétersbourg
    Recherches généalogiques – Paul Salasca.
    Alessandro Guerra et ses cirques – Dominique Denis – circusparade.com.
    La merveilleuse histoire du Cirque – Henry Thétard.
    Cirque d’Été – L’Entracte – 23/08/1879.
    Cirques en bois, cirques en pierre de France – Charles Degeldère et Dominique Denis.
    Hippodromes parisiens – Dominique Denis – circus-parade.com.
    Affiche Hippodrome 1880.
    L’avis du baron de Vaux
    Ecuyers et Écuyères – baron de Vaux.
    Hengler’s Grand Cirque – Stuart Mc-Millan.
    Hengler Circus – direction Frederik Charles Hengler – D. Denis – circusparade.com.
    The Times – 27/12/1882.
    Gil Blas – mai 1884.
    Entre Paris et Bordeaux
    Article : Nouveau Cirque – Dominique Denis – circus-parade.com
    Nouveau Cirque – Paris de la Belle Époque – Dominique Denis
    Cirques en bois, cirques en pierre de Bordeaux – D. Denis – circus-parade.com
    Sur la piste – A. W. – Le Grand Echo du Nord – 9/09/1891.
    Le Figaro – 21/04/1893.
    Jeux Olympiques
    Les Jeux Olympiques oubliés – André Drevon.
    Le Sport Universel Illustré – 9/06/1900.
    La Vie au Grand Air – 23/12/1900.
    Les chevaux d’Elvira Guerra
    Baron de Vaux – Ecuyers et Écuyères.
    Henry Thétard – La merveilleuse histoire du Cirque.
    Rue Elvira Guerra
    Journal Officiel – 2/12/1930.
    La belle époque à Bordeaux – Albert Rèche.
    Le Cirque à Bordeaux – Jean-Paul Aviseau & Monique Gré.

    Recherches topographiques par le docteur Pierre Fenouillet.