Le clown Donett faisait partie de ces personnages hors du commun qui illuminèrent le monde du Cirque.

Artiste sculpteur

affiche de Donett
Donett – affiche

Fernand Marceau Léon Donet dit Donett, fit une carrière que l’on pourrait considérer comme atypique.

D’abord, il n’était pas né sur le voyage. Il vit le jour rue du Bac, à Rouen, en Janvier 1909. Son père Jean Donet était un statuaire de renom. Elève doué et travailleur, le jeune Fernand suivit la voie familiale. Il fit des études de sculpture à l’Ecole des Beaux Arts.

Il travailla comme staffeur chez Roze puis s’établit à son compte place du Boulingrin. Les aficionados du Cirque ont déjà pu apprécier ses médaillons tels ceux représentant Henri Rancy ou encore Tristan Rémy.

Premières armes

Dès 1928, Fernand Donet fit la connaissance d’un de ses confrères Maurice Tuves originaire de Darnétal.

Malgré leur jeune âge ils se lancèrent dans l’aventure clownesque. Ils firent des débuts, sans prétention, en simple amateur. Maurice Tuves qui avait choisi le pseudonyme de Marc, avait déjà une petite expérience, ayant déjà fait ses premières armes en compagnie de son ami Lucien Lhuinte dit Luco. Fernand prit le sobriquet de Pipo, prénom italien qui était porté par le clown prestigieux  Pippo Pucci et plus tard par Pipo Sosman.

Leur collaboration dura treize ans. Lorsqu’ils se séparèrent, Marc devint le clown Rimpert et fit de son côté une belle carrière internationale.

 Théâtre aux armées

Mobilisation générale en septembre 1939 ! Notre Fernand Donet fut affecté au 239 éme Régiment d’Infanterie. Son colonel lui demanda de s’occuper du théâtre aux armées. Comme, il lui fallait un partenaire, il jeta son dévolu sur le fourrier Jean Linot.

Les troupes allemandes ayant eu le mauvais goût de contourner la ligne Maginot, un repli stratégique fut ordonné mettant ainsi un terme à leur joyeuse collaboration. Puis, en mai 1940, Fernand fut fait prisonnier dans les Ardennes.

Au stalag de Müheberg, il rencontre le clown Rito. L’équipe Pipo et Rito était née. Rito tomba gravement malade et fut autorisé à rentrer en France. À la Libération, ils se retrouvèrent, mais d’autres aventures les attendaient…

Donett et Pékari

dessin de Pékari
Pékari – portrait

Alors, Fernand abandonna son pseudonyme pour celui de Donett’ – avec deux T et une apostrophe.

Le clown Donett s’associa à Pékari, un Auguste qui avait fait ses classes dans l’équipe des Dario-Bario. Peintre à ses heures, excellent musicien, doué d’un esprit fertile et curieux, Georges Seiler dit Pékari fut un partenaire idéal. Ils jouèrent ensemble le répertoire traditionnel, de l’entrée des ballons à l’école du soldat en passant par le déjeuner sur l’herbe. Donett et Pékari formaient un couple homogène et bien équilibré.

Clown élégant, Donett d’une tranquille désinvolture, attirait d’emblée la sympathie du public. Pékari, animait un personnage de la plus haute fantaisie. Peu maquillé, il était plus proche du personnage de l’excentrique que de l’Auguste niais et balourd. Chacune de leurs entrées était mûrement réfléchie. Ils n’hésitaient pas à inverser le rapport  de l’Auguste et du Clown, où celui-ci pouvait devenir le dindon de la farce.

Débuts chez Amar

Chapiteau Amar
Chapiteau Amar

Une carrière internationale les attendait. En 1946, ils furent programmés au Cirque Amar. Après l’Alhambra de Bruxelles, en janvier 1948, ils se produisirent au Cirque d’Amiens. Au même programme, il y avait Pipo et Rhum. À cette époque il était courant d’applaudir deux équipes de clowns différentes dans un même spectacle.

Ils partirent ensuite pour le Danemark au Cirque Benneweis et terminèrent l’année au Cirque Napoléon Rancy. Pendant plusieurs années, ils jouèrent régulièrement dans ce cirque qui s’installait chaque année à Rouen à l’occasion de la Foire de Saint Romain.

Dans toute l’Europe

Ensuite, le duo fut engagé à l’Atlantic Palace de Copenhague en 1949. L’année suivante ils jouèrent au Coliseo dos Recreos à Lisbonne, puis au Circo Price à Madrid où ils assistèrent aux obsèques du fameux clown espagnol Ramper, qui durèrent deux jours et deux nuits.

Les engagements continuèrent au Cirque Mikkenie puis au Cirque Belli au Danemark. Après un passage en mars 1951 au Cirque d’Hiver de Paris, ils participèrent, pour de la saison d’été, au spectacle du Cirque Wilkie, à New Brighton. Amar les rappelèrent en 1952.

Un animal de compagnie

Napoléon Rancy - les clowns
Affiche Napoléon Rancy – les clowns

Un jour de 1965, alors qu’il travaillait en tant que régisseur au Cirque Napoléon Rancy, il se rendit à la gare de Rouen, et demanda au préposé de la vente des billets :

– Bonjour monsieur, pouvez-vous me dire si les petits animaux sont acceptés dans les trains ?

– Certainement, c’est demi-tarif !

– Alors donnez-moi une place et une demi-place pour Marseille, pour moi même et mon petit animal !

C’est alors qu’un garçon de piste, amena un éléphanteau qui passa sa trompe par la lucarne de guichet.

– Vous m’avez bien dit demi-tarif pour les petits animaux ? 

L’anecdote est authentique. Elle est attestée par une photo de presse prise par Robert Franqueille. Les blagues et canulars de Donett sont célèbres et ont fait le tour de la profession.

Donett, Carlo et Linott

photo dédicacée  de Donett - collection Kinou
photo A. A. dédicacée à Kinou

Reprenant le sac pailleté, Donett s’associa avec Carlo Spinetto qui s’était marié avec Jacqueline Rimpert, la fille de son premier partenaire. Ils travaillèrent sous la dénomination, Donett, Carlo et Linott. Celle-ci s’était composé une silhouette originale, sorte de Bécassine rigolarde. En second numéro, ils animaient aussi un numéro d’excentricités musicales sous la raison sociale des Spinetto.

Ce fut l’occasion d’une une grande tournée en Afrique du Nord en 1960-61 avec le Cirque Amar.

Occasionnellement, Donett  fit valoir d’autres clowns. Ainsi, il joua quelques temps en Angleterre avec Rudi Milanes, puis avec l’Auguste norvégien J. Kroneman. Également, il fit équipe avec Billy ,son ami de Rouen, qui fut avant guerre, l’interprète du Pays des dollars, opérette dont il était l’auteur. Billy s’associa ensuite avec l’Auguste Teddy.

Le Cercle Tristan Rémy

Ex-Libris - T. Rémy
Ex-Libris de Tristan Rémy

Fidèle, Donett est toujours resté fidèle à la ville de Rouen. Lorsqu’il arrêta les tournées, il continua de présenter son numéro de clown en compagnie de Willy, le frère du clown Pastis. Les derniers temps, il eut Pauli comme compagnon de route.

À l’issue des obsèques de Tristan Rémy, le 25 novembre 1977, il réunit les clowns présents et leur proposa de se regrouper afin de commémorer la mémoire du grand auteur. C’est ainsi que Fernand Donett fonda le Cercle Tristan Rémy. Sa personnalité, son humanisme et son sens de l’humour fit venir à lui tous les clowns en exercice. Effectivement, Donett n’était pas seulement un Maître ès clownerie…

À l’instigation de son ami Jean-Claude Blondel, il participa, en 1988, à l’élaboration du Festival des clowns de la Foire de Rouen. Son partenaire n’était autre que Victor Foottit. Cette manifestation fut un succès.

Donett, un clown érudit

Lors d’un colloque organisé dans le cadre du Festival des Clowns, l’année suivante, Fernand Donet eut une attaque de paralysie. Il décéda le 18 Mai 1996. Ses obsèques eurent lieu dans sa chère ville de Rouen en présence de tous ses véritables amis. Avant de débuter son spectacle, la troupe du Festival du Cirque observa une minute de silence.

Sons sens de l’amitié était un exemple. Esprit curieux, il s’intéressait à l’histoire de la Comédie. Son érudition en la matière était étonnante : il connaissait la vie des bouffons de l’Antiquité à nos jours.

Une lueur de malice brillait en permanence dans ses yeux. Grand artiste, grand clown, grand homme, Donett a marqué sa génération de son empreinte.    

Dominique Denis

Merci au regretté Jean Biberon pour son aide précieuse, ainsi qu’à mon ami Kinou.

Adaptation de l’article : Un maître de la Piste –  Dominique Denis – Le Cirque dans l’Univers – n° 182 – 1996.

Sources

  • Nombreux entretiens avec Donett.
  • Documents Henry Thétard – Jean Biberon – Maurice Recolin, dit Kinou.
  • Un maître de la Piste –  Dominique Denis – Le Cirque dans l’Univers – n° 182.