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Adaptation et extrait de Bowden : Un farfadet à roue libre, un chapitre du livre Les Comiques à Bicyclette par Dominique Denis.

Les Nopols

Bowden et Garden dessin
Bowden et Garden – affiche

Bowden : Authentique titi parisien, Georges Bazot, lutin de la piste, était un personnage pittoresque et attachant.

Parisien, Georges Bazot était né le 17 octobre 1884. Son père travaillait rue du Louvre, à l’Hôtel des Postes, et mourut alors qu’il avait neuf ans. Son certificat d’études en poche, il débuta comme apprenti à l’imprimerie des timbres de l’administration postale. Pendant ses temps de loisirs, il fréquenta le gymnase d’Emile Deriaz, puis celui du lutteur de Montmartre Paul Pons.

Avec son copain Gombert, il réussit à mettre au point un numéro de main à main. Ils firent leurs débuts de professionnels, sous le nom des Nopols, au Palais du Travail, rue de Belleville. Par la suite, ils se produisirent ensuite dans les petits établissements des faubourgs et de la banlieue.

Le Voyage en Suisse

Vint le temps du service militaire. Comme il était soutien de famille, l’armée le libéra de ses obligations au bout d’un an. 

À son retour, n’ayant plus de partenaire, il s’essaya dans le tour de chant comique, dans les nombreux cafés-concerts de la capitale. Mais ce n’était pas sa véritable vocation. L’acrobatie lui manquait.

James Price l’engagea en 1906 comme comédien cascadeur dans sa troupe. Cette compagnie interprétait, aux Folies Bergère, la pantomime Le Voyage en Suisse créée par Agoust et les Hanlon-Lees. Bazot resta pendant deux ans avec cette équipe. 

Au cinéma

À Paris, il fit la connaissance d’Ernest Bourbon, connu sous le nom d’Onésime. Celui-ci le présenta à la Gaumont. Georges joua dans des courts-métrages burlesques sous la direction de Roméo Bozetti qui, avant d’être metteur en scène, avait été clown casseur d’assiettes et dresseur d’oies au cirque de Constant Laugier. 

Le Cinéma n’était pas une activité suffisamment régulière pour un artiste de variétés. Ensuite, Georges Bazot s’orienta alors vers le théâtre et partit en tournée pour jouer une comédie, Le papa de Francine. 

Puis, il fut engagé par Charles Debray, pendant deux ans, au Nouveau Cirque de la rue Saint-Honoré, comme Auguste de soirée.

En selle Bowden ! 

Pub Bowden et Garden
Publicité Bowden et Garden

Le démon de l’acrobatie titillant ses articulations, Georges Bazot découvrit les joies de la petite reine

En 1910, il démarra une nouvelle carrière et choisit de s’appeler Bowden, en référence à la marque de pneus aussi célèbre à cette époque que Dunlop ou Michelin. Vêtu d’un costume trop large pour lui, coiffé d’un chapeau melon, avec un nez vermillon, il évoquait le personnage de Bario. 

Le travail en solitaire ne le satisfaisant pas, Georges Bazot ressentit la nécessité de travailler avec un partenaire. Il s’associa avec Stoll, avec qui il monta un numéro d’acrobates cyclistes burlesques. Ils s’étaient composé chacun une silhouette d’hurluberlu barbu et saugrenu, évoquant les personnages de bande dessinée créés par Fréderick Burr Opper et MacManus.  Les exercices acrobatiques étaient nombreux et ils ne lésinaient pas sur les cascades. 

De passage à Londres, il se maria le 11 janvier 1911 avec Lucienne Hébert.

Alter ego

La grande guerre sépara les deux partenaires. Georges endossa l’uniforme et devint sergent artificier. La paix revenue, il remit son chapeau melon et mit au point un numéro d’acrobatie comique avec sa femme sous la raison sociale Bowden and Lady.

Les périodes d’après guerre amènent toujours des changements radicaux dans tous les domaines. Le public du music-hall avait évolué. Alors, Georges Bazot comprit qu’il lui fallait composer une nouvelle attraction sur des bases modernes. Les attractions cyclistes plaisaient toujours autant, à condition de trouver un judicieux équilibre entre la partie purement acrobatique et la comédie. Il n’était plus question de farce tonitruante à caractère trop chargé. Une certaine finesse s’imposait. Certes, il ne lui fallait pas un compère grotesque, mais au contraire un personnage bien sous tous rapports, si possible bon acrobate.

Enfin, il trouva un partenaire en la personne de Pierre Rochat.

Bowden and Garden

Tous deux entreprirent une carrière d’acrobates sur cycles sous la dénomination Bowden and GardenIls furent engagés au Cirque Alphonse Rancy, à Paris, en 1920, puis revinrent dans la capitale en 1923, à l’Alhambra et à l’Olympia. Toujours dans la capitale, ils terminèrent l’année suivante sur la piste de Medrano.

Costumé à l’américaine, coiffé d’un chapeau canadien, chaussé de rangers à guêtres montantes, Garden était l’élément sérieux du duo. Les exploits acrobatiques lui étaient dévolus. On le voyait faire l’arbre droit sur le guidon de sa bicyclette ou bien des séries de boomerang-swings.   

Le bonhomme Bowden, avec son personnage de gavroche, jouait les empêcheurs de tourner en rond. D’abord, il entrait en scène simulant un grand blessé. Pour continuer, il s’appuyait sur le manche d’un balai en guise de béquille et pédalait sur un monocycle qui ne pouvait aller que de travers. La fourche de ce cycle formait un angle droit avec l’axe de la roue.

Perchoir en zigzag

Bowden par Bils - dessin
Bowden par Bils

Pour une autre de ses apparitions, il intervenait juché sur un perchoir zigzag latéral. L’effet était assez ahurissant. Cet engin insolite est fort difficile à manier. Le centre de gravité se situe quelque part entre la selle et le moyeu. 

Le personnage de Bowden était plaisant et amusant. Ses interventions arrivaient à propos. Elles relançaient une action traditionnelle dans le contexte du cirque et du music-hall. Le reste du numéro était basé sur le rapport des deux personnages opposés et complémentaires à la fois.

Paris-Journal

Le critique André Pigelet leur consacra un long article dans Paris-Journal. Après des considérations sur les acrobates de l’Antiquité à l’époque moderne, en passant par le règne de Charles V, l’auteur entrait enfin dans le vif du sujet :

« … Le cycliste correct débouche sur le plateau où se limitent ses exploits, portant sur son guidon je ne sais quel apprenti cueilli dans un garage du faubourg, qui ne veut lâcher un bric-à-brac d’accessoires et de pneus au rebut. (…) Les exercices exécutés par son compagnon l’émerveillent, la machine le conquiert. Il se laisse écraser un doigt pour mieux la connaître… Le gamin sort en quête d’une bicyclette ; il revient avec ce qu’il a trouvé : deux roues ! Qu’importe : il s’intercale dans la machine pour remplacer le cadre absent et grâce à la chance unique, dévolue aux simples et aux enthousiastes, réussit… »

Les grandes maisons

Les Bowden - illustration
Les Bowden – CPA

Leur numéro était de qualité. Le duo Bowden and Garden fut réengagé chez Rancy, au Cirque Medrano, à l’Olympia, et à l’Alhambra. Et en 1927, ils passèrent sur la prestigieuse scène du Winter Garten de Berlin. L’année suivante, ils étaient programmés au Cirque Schumann de Copenhague.

Lors de leur venue au Cirque de Paris en mai 1929, André Legrand-Chabrier reconnaissait que leur numéro était un des meilleurs de leur spécialité.

Revoir Paname

Ayant suffisamment goûté aux charmes des voyages, Georges Bazot décida de s’établir dans sa ville natale. Les possibilités d’engagement dans les cirques stables étaient alors fort nombreuses pour un artiste de talent ayant une connaissance approfondie de son métier. 

Notre Bowden dit adieu à ses vélos, et, tout naturellement, devint clown, ou plus exactement Auguste sous le nom de Loriot. Sans aucun doute, il avait toutes les qualités pour honorer sa nouvelle fonction : une solide formation d’acrobate, une silhouette personnelle, une nature comique enjouée et primesautière… 

Dominique Denis

Adaptation et extrait : Un farfadet à roue libre – Les Comiques à Bicyclette – Dominique Denis.

Sources

  • Sources extraits des Comiques à Bicyclette
  • Un farfadet à roue libre
  • Vaillant – Tristan Rémy – 7/1/1960.
  • Georges Bazot, « Loriot » « le petit clown du Nouveau-Cirque » – Tristan Rémy – Le Cirque dans l’Univers – n° 91.
  • Le Cinéma français – Le Muet – Jacques Richard – p 52.
  • En selle
  • Document – Collection Pitou.
  • Archives Jean Villiers.
  • Archives Charles Degeldère.
  • Acte  n° 2844 – recherches Paul Salasca.
  • Alter ego
  • Vaillant – Tristan Rémy – 7/1/1960.
  • Scènes et Pistes n° 58.
  • Archives des demoiselles Vesque – Musée des A T  P.
  • Catalogue Paul Schultze.
  • Notes Zakary.

suite

  • Bielles et ressorts
  • La technique de la piste – Bowden and Garden – Paris-Journal – André Pigelet – 23/11/1923.
  • Archives demoiselles Vesque – Musée des A T P.
  • Echo – novembre 1961.
  • André Legrand-Chabrier 25/5/1929.
  • Revoir Paname
  • Vaillant – Tristan Rémy – 7/1/1960.
  • Le Cirque dans l’Univers – n° 91.
  • Le Nouvelliste des Concerts – novembre 1938.
  • Le lutin de Medrano 
  • Variétés et Chansons – Gustave Fréjaville – Comœdia – 2/9/1942.
  • Le Cirque dans l’Univers – n° 91.
  • Programmes Medrano 1942 à 1962.
  • Clap de fin
  • Tintin et Milou débutent au Cinéma – René Quinson – Combat – 10/5/1961.
  • Le Cirque dans l’Univers – n° 91.
  • I Clowns – Federico Fellini.

À lire 

Les Comiques à Bicyclette – Dominique Denis – Arts des 2 Mondes – Paris – 1998.