Évocation des premiers spectacles intitulés Les Nuits de l’Armée au Palais des Sports de Paris, en juillet 1952, avec les plus prestigieux et glorieux régiments de France.

Par Dominique Denis

Une entreprise de séduction

le tambour major
le tambour major des Nuits de l’Armée

Les Nuits de l’Armée : Depuis des temps immémoriaux, les Militaires emploient le procédé de la séduction.

À défaut d’être une arme, il s’agit d’un moyen – voire une stratégie – les plus anciens. Certes, ce n’est pas le seul employé… On pourrait citer le renseignement, l’espionnage et la corruption (décrit par Tsun Tzu) la métis des Grecs de l’Antiquité, (la ruse) ou la propagande et la désinformation, et encore bien d’autres.

Les différents dictionnaires donnent chacun leur définition, de la séduction comme Le Larousse qui propose l’action de d’attirer et de charmer ou Le Robert qui propose de susciter l’admiration de façon irrésistible.

Sans vouloir faire une liste complète de ces façons de séduire, nous avons l’uniforme, les défilés, commémorations, carrousels, démonstrations sportive, concerts et spectacles. Ainsi, Les Nuits de l’Armée restent illustration de l’entreprise de séduction parfaitement réussie des Militaires français dans les années 50 !

Un élan patriotique

De tout temps, les militaires organisèrent des manifestations en tous genres que ce fut pour monter leur puissance, impressionner leurs ennemis ou fêter une victoire. Les triomphes romains restent une référence en la matière.

Les Français vénèrent leur défilé annuel du 14 juillet au même titre que les Britanniques leur Royal Tournament et leur Trooping the Color. N’oublions pas, également, à l’époque de l’Union soviétique, leurs chœurs qui se produisirent avec succès dans le monde entier.

L’art militaire

L’initiative de Nuits de l’Armée revient à plusieurs personnes toutes passionnées par l’art militaire. Elles furent nombreuses. Parmi celles-ci (sans être exhaustif) : Le Ministère de la Défense nationale… les généraux des Forces armées Terre, Air, Mer… la Gendarmerie… et la Justice militaire.

À partir de 1953, il y eut également le comité sous le patronage du Président de la République.

Côté civil, citons Hubert Grunwald le patron du Palais des Sports, ses nombreux collaborateurs, et la revue Paris-Match.

Centenaire de la médaille militaire

centenaire-de-la-medaille-militaire
timbre du centenaire-de-la-medaille-militaire

Rappelons que la médaille militaire, une des plus belles décorations françaises, fut instituée par le Prince Louis Napoléon Bonaparte en 1852.

À l’occasion de ce centenaire, une importante manifestation fut organisée au polygone de Vincennes le 7 juillet 1952. En une immense fresque, 5000 hommes fit revivre cent ans de l’armée française, avec, en tête d’affiche, la Légion et le Cadre noir.

Près de 200 000 parisiens assistèrent à cette mémorable événement, patronné par le journal France-Soir, et sous la présidence du Président de la République.

Du 8 au 13 juillet 1952

Les premières Nuits de l’Armée se déroulèrent du 8 au 13 juillet 1952 au Palais des Sports appelé le Vel’ d’Hiv situé à l’angle du Boulevard de Grenelle et de la rue Nélaton..

Un compte-rendu en fut donné le 9 juillet par le journal Le Monde. L’article était intitulé : Les Nuits de l’Armée offrent aux parisiens une revue à grand spectacle.

Lors de la quatrième représentation, le mardi 8 juillet, le président de la République Vincent Auriol et son épouse assistèrent à l’événement. Ils étaient entourés de M. Pleven, les généraux Zeller et de Larminat, et les secrétaires d’État aux trois armes.

Parmi les invités d’honneur, figurait l’Empereur des Mossis de Ougadougou.

Le spectacle des Nuits de l’Armée

Revue historique de l'Armée - 1952
Revue historique de l’Armée

L’encart de France-Soir annonçait le spectacle des Nuits de l’Armée avec 2000 participants. Au programme :

  • Le cadre noir
  • La légion étrangère
  • Les athlètes de la garde
  • La musique de l’air
  • Le bataillon d’honneur des parachutistes
  • La nouba des tirailleurs marocains
  • Les spahis
  • Les chiens dressés
  • Le closed combat
  • La fanfare de la garde
  • Les enfants de troupe
  • Les musiques des régiments de paris
  • Le gymkana des motocyclistes

Ce fut un triomphe !

Précisons que le spectacle – de n’importe quel genre – n’est pas une science exacte. Comme pour une bataille, personne ne peut prédire si sera un succès ou un fiasco.

La preuve de l’engouement du public parisien : deux séances supplémentaires furent ajoutées pour le dimanche 12 juillet.

Encore une précision : Ces représentations rapportèrent dix millions de francs (somme importante pour l’époque) au profit des oeuvres sociales de l’Armée.

En avant la musique !

En souvenir de cet événement, Decca produisit un disque 33 Tours, intitulé Nuits de l’Armée – n° 1, avec… les fanfares, la musique, la nouba, le bagad, la batterie de…

  • La garde républicaine.
  • Le 1er régiment d’infanterie.
  • Le 13e régiment de tirailleurs algériens.
  • L’école enfantine Heriot.
  • Le 1er escadron régional du Train.
  • La légion étrangère.
  • Le 7e sphais algériens.
  • La base aéronavale de Laubinouhe-Lorient.
  • Le 71e régiment d’infanterie de Dinan.
  • Le 501e régiment de chars de combat.
  • Le 30e bataillon de chasseurs.
  • La légion de la garde républicaine…

Présentés par Jean de Faucon et J. P. Terry.

Représentations inoubliables

Les années suivantes, d’autres Nuits de l’Armée furent organisées au Palais des Sports, avec des nouveautés et des grandes mises en scène, jusqu’en 1956.

Les militaires du parcours du combattant, ainsi que les parachutistes et les tambours de la Garde Républicaine furent particulièrement appréciés du 4 au 12 juillet 1953…

Les méharistes de la Compagnie Saharienne obtinrent un immense succès auprès des 130 .000 spectateurs, le temps de 15 séances, en 1954. Il y eut encore des Nuits de l’Armée, cette fois au Palais de la Mécanique à Lyon, du 18 au 28 septembre.

Retour à Paris, en 1955, durant dix jours, nos soldats se surpassèrent dans leurs exercices acrobatiques. Après les exploits gymniques, on apprécia la fantasia des gardes rouges de Dakar et le fabuleux final par 2.000 musiciens.

Victoire de la séduction

Qui peut nous dire aujourd’hui combien de vocations ces manifestations de prestige ont-elles suscité ?

Une fois de plus, en quelques nuits, l’Armée française avait emporté la bataille de la séduction!

Dominique Denis

Merci à Yves Vincent pour sa documentation.

Août 2023.

Sources

  • Une entreprise de séduction
  • Anthologie mondiale de la stratégie – Gérard Chaliand
  • L’art de la guerre – Sun Tzu
  • Les ruses de l’intelligence – la métis des Grecs – Marcel Detienne & Jean-Pierre Vernant.
  • Petite histoire de la désinformation – Vladimir Volkoff
  • Dictionnaires : Larousse – Le Robert
  • Un élan patriotique
  • Spettacolo romano – Mario Verdone.
  • Victoires et triomphes à Rome – Claudine Auliard.
  • Les carrousels en France – Stéphane Casteluccio.
  • Les fêtes célèbres – Frédéric Bernard.
  • Fêtes et spectacles du vieux Paris – Edmond Neukomm.
  • L’art militaire
  • Le Vel’d’Hiv’ – Liliane Grunwald & Claude Cattaert – Ramsay – Paris – 1979.
  • Le Monde – 8/07/1952.

Suite

  • Du 8 au 13 juillet 1952
  • Les Nuits de l’Armée offrent aux Parisiens une revue – Le Monde – 8/07/1952.
  • Création du Palais des Sports à Paris – Le Petit Parisien – 17/04/1931.
  • Du Vel’d’Hiv’ au Palais des Sports – Andy Dickson – Atlantica – Biarritz – 1999.
  • Centenaire de la médaille militaire
  • Centenaire de la médaille militaire – France-Soir – 6/07/1952.
  • La médaille militaire – notes de l’auteur.
  • Le spectacle des nuits de l’armée
  • Annonce Nuits de l’Armée – France-Soir – 9/07/1952.
  • Revue des Armées – 1953.
  • En avant la musique !
  • Disque 33 Tours – Nuits de l’Armée – n° 1 – Decca.
  • Représentations inoubliables
  • Programme des Nuits de l’armée 1955.
  • Victoire de la séduction
  • Paris Match – n° 328.
  • Premières Nuits de l’Armée par Dominique Denis.